Array Mascherano, le chat noir, la défense centrale, Messi, l'Argentine et le Barça. - FC Barcelona Clan

Interview | Javier Mascherano | samedi 6 septembre 2014 à 15:14  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Les yeux de Javier Mascherano sont encore humides au souvenir de la finale du Mondial. Il a été trop près de la Coupe pour que les éloges concernant son importance dans le parcours argentin lui servent de consolation. Il faut tourner la page et se concentrer sur le Barça, un club trop exigeant pour ne pas vaincre la nostalgie du Mondial perdu.

 


 

Sur le carton rouge...

 

Q: Etes-vous superstitieux ?

 

Non. Je crois au travail.

 

Q : Je vous demande cela parce qu'il y a une photographie de ce chat noir qui a traversé le Camp Nou sur laquelle on voit qu'il vous a regardé dans les yeux. Et ensuite ... carton rouge.

 

Oui, on me l'a dit. Terrible (rires). J'ai une autre histoire avec un chat noir : le jour où je me blesse au genou à Paris (6 semaines de blessure, en Avril 2013), j'avais aussi croisé un chat noir en allant au Stade...

 

Sur cette fameuse position de DC... 

Q : Il semble qu'en jouant avec des latéraux très offensifs, les centraux sont plus exposés.
R : Ici on est toujours exposé. En plus, nos rivaux nous connaissent et cherchent cela. C'est pour ça que cette année nous essaierons de ne pas être une équipe prévisible, en ayant différentes façons de jouer, en attaque comme en défense. 

Q : Le Barça a maintenant 5 DC et...
R : 4, 4 et moi (rires). 

Q : Vous ne vous sentez pas encore DC? 
R : Je sens que je suis ici pour jouer à 2 postes, bien que si je me fie aux années précédentes je dois me sentir DC parce que j'ai quasiment tout le temps joué à ce poste. Je sais que je peux aussi évoluer au milieu. Il s'agit de donner le meilleur de soi-même et d'être utile à l'entraîneur. 

Q : Je reprend la question. Le Barça a 5 DC et vous êtes titulaire au premier match... 
R : Ça ne veut rien dire. L'entraîneur veut de la concurrence à tous les postes et que celle-ci fasse ressortir le meilleur de chacun de nous pour que nous ayons un très bon niveau. 

Q : Pourquoi est-ce si difficile de trouver un DC pour le Barça ? Pourquoi pas n'importe quel central de haut niveau ? 
R : C'est dû à notre manière de jouer. Le Barça attaque et défend grâce au positionnement et avec rigueur. Les caractéristiques de ses joueurs sont plus offensives que défensives et cela, au moment de récupérer le ballon, fait que le plus pratique est pour le récupérer est un presssing très organisé; dans les duels individuels nous sommes moins bons. A mon avis, la grande majorité des centraux, et ils sont nombreux et bons, sont plus habitués à défendre à l'intérieur de la surface. Quand tu dois défendre loin du but, avec énormément de champ derrière toi, tu as besoin de qualités plus fréquemment présentes chez un milieu de terrain que chez un défenseur. Ici il y a beaucoup de champ. 

Q : Vous viviez mieux avec Puyol ? 
R : 'Puyi' a toujours été un exemple de comment l'on doit se comporter en tant que footballeur. On sait tous ce qu'il a été pour ce club et la sélection, mais ce qu'il faut souligner et copier de Puyol c'est la partie humaine. Je dis toujours que l'on connait les gens quand ils ont le pouvoir. Il n'a jamais dépassé les limites malgré son rang de capitaine et de symbole du club. Il s'est retrouvé dans les tribunes et il a été humble, en s'entraînant au maximum et ce, malgré son âge et ses douleurs. Ne pas avoir cet exemple aujourd'hui est difficile, surtout pour les nouveaux et ceux qui arrivent des catégories inférieures. 

Sur lui...

Q : Vous avez vraiment pensé à laisser le Barça. Alors que personne ne veut s'en aller d'ici ! 
R : Une relation avec le club c'est comme un mariage. Les 2 doivent bien s'entendre. S'il y a des doutes il faut en discuter pour ne pas en arriver au pire. Je me souviens que je ne suis pas parti de Liverpool comme je l'aurais voulu et je le regretterais toute ma vie s'il m'arrivait la même chose avec le Barça. 

Q : Qui a fait le premier pas en ce qui concerne votre futur ? 
R : C'est moi parce que j'ai un contrat. "Ne vous faites pas de soucis, si je ne suis plus utile à l'équipe et au club on se serre la main et merci pour tout". 

Q : A quel moment ? 
R : A la fin de saison. Après le Barça-Atlético. Le club aussi pressentait quelque chose. Evidemment je suis reconnaissant car ils m'ont alors dit que je pouvais continuer à apporter des choses. 

Q : Et voilà que la révolution annoncée s'est produite et Mascherano y a survécu. 
R : Je me considère comme un survivant, pas pour ça mais parce que dans ma vie tout a été compliqué. Cela défini ma carrière. Mais je suis là, quand tu te bats, avec honnêteté et travail, la récompense arrive. 

Q : Luis Enrique a-t-il joué un rôle dans votre décision finale ? 
R : Avant la CDM j'ai eu une courte conversation durant laquelle il m'a fait savoir qu'il comptait sur moi. 

Q : On a l'impression que les observateurs et les supporters ont plus confiance en Mascherano que Mascherano lui-même. Comme si vous vous torturiez beaucoup trop après une erreur... 
R : Je suis une espèce rare, je le sais. Ce n'est pas habituel que l'on dise devant la caméra "je me suis trompé". Mais je ne crois pas que ce soit une mauvaise chose. Je suis excessivement exigeant envers moi-même mais je le fais car, de tous les clubs où j'ai été, je suis dans le plus exigeant. Quand je commets une erreur je la visualise pour ne pas la refaire, mais ça ne m'empêche pas de vivre non plus. Être comme ça m'a amené jusqu'ici. 

Sur son entraîneur et Tata... 

Q : Comment ça se passe avec Luis Enrique ? 
R : J'aime beaucoup. Je me reconnais dans sa manière de penser parce qu'il a du charisme, de la personnalité et surtout parce qu'il ne prend pas seulement en compte le talent mais aussi l'effort. Sur ce point je pense comme lui. 

Q : La manière de travailler de Luis Enrique s'oppose maintenant à celle de Martino. Il s'est dit que la saison dernière vous ne vous entraîniez pas bien. Est-ce vrai ? 
R : Quand il faut chercher des coupables il est plus simple d'en désigner un seul plutôt que vingt. Mais si on ne s'entraîne pas bien c'est de notre faute. Moi, je n'ai pas besoin d'un entraîneur pour être exigeant avec moi même. Nous sommes responsables et avons beaucoup d'années d'expérience. On travaille pour un grand club. On nous paye et on nous paye très bien. L'excuse de l'entraîneur n'est pas valable. Cette profession tu la vis ou tu ne la vis pas; tu la sens ou tu ne la sens pas. 

Q : Et maintenant Tata sélectionneur argentin...
R : La sélection doit avoir les meilleurs et Gerardo est l'un d'eux, avec Cholo et Pochettino. Les plus prestigieux, ceux qui ont provoqué un saut qualitatif dans le football argentin. 

Sur la CDM, Di Maria, Messi...

Q : Qu'avez-vous dit à vos filles après avoir perdu la finale ? 
R : Les 2 étaient en pleurs. Ce fut difficile. La plus grande a 8 ans, elle comprend plus de choses. Jusqu'à aujourd'hui la finale me revient en tête, nous étions si proches. Au début nous n'étions pas conscients de pouvoir arriver là et puis nous nous somme retrouvés à jouer une finale de CDM. Le fait de l'avoir jouée comme nous l'avons jouée fait encore plus mal. Ca ne console pas. Parce que tu pouvais la gagner et que tu n'as pas été surpassé face à une grande équipe. 

Q : Vous l'auriez gagnée avec Di Maria ? 
R : Peut-être, on ne peut pas savoir. Ceux qui ont joué à sa place l'ont fait superbement bien mais peu de joueurs ont sa capacité à déséquilibrer l'adversaire. 

Q : Que perd le Real Madrid avec Di Maria ? 
R : Ca n'est pas de mon ressort mais je crois qu'il perd quelque chose. C'est un joueur que j'apprécie énormément. Il est dans les 10 meilleurs du monde. En plus du déséquilibre, il a la capacité pour défendre et courir énormément. Il peut être utilisé à différentes positions. 

Q : Messi a été sur une pente descendante. Il a fini épuisé. 
R : Léo, à partir des huitièmes et quarts de finale, fut conscient que l'équipe ne pouvait plus jouer de cette façon et qu'il fallait que l'équipe se replie, le laissant lui et Higuain isolés. Léo devait aider défensivement, se replier, parce que c'était ce qu'il fallait faire parce que sinon c'était impossible. Ce changement démontre la grandeur de Léo. Il savait que cela ne favorisait pas son jeu, mais il ne s'y est jamais opposé. Il a fait passer le bien de l'équipe avant son intérêt personnel. Sachant en plus que tout le monde va au stade pour le voir lui. Cela a fait que la dépense physique a été encore plus grande. Il recevait la balle 40 mètres plus bas avec un hollandais le poursuivant sur tout le terrain... Sans Léo nous ne serions pas arrivé en finale. 

Q : Pour ceux qui doutent, reverra-t-on la meilleure version de Messi ? 
R : Léo a encore beaucoup à donner. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'on a déjà vu la meilleure version de Léo. 

Q : Comment est Messi en dehors du terrain ? 
R : C'est un type introverti pour les gens qui ne le connaissent pas. Pour ceux qui le connaissent il est normal et ouvert. Tu peux parler de foot et de la vie en général avec lui. Mais surtout il a les pieds sur terre malgré ce qu'il est. Nous qui sommes autour de lui, son naturel nous surprend. 

Q : Revenons à Di Maria. On a payé pour lui, pour Luis Suarez ou James 80 M d'euros. Tu comprends qu'il y ait des gens qui trouvent cela indécent ? 
R : Je suis dans le système et je le connais. Je comprends que ça semble être une folie pour ceux qui sont en dehors, mais la réalité est que le football génère beaucoup plus que 80M d'euros. C'est l'attraction la plus importante du monde, une des plus grandes affaires de la planète. La seule chose qui me chagrine est la perte du football amateur et c'est ce qui va arriver. 

Q : Le FISC, procès concernant Neymar, la sanction de la FIFA... Le Barça est-il est une victime ? 
R : Sur ces thèmes il faut être bien informé pour ne pas dire n'importe quoi. Il y a eu des circonstances étranges, c'est sûr. Je n'ai vu ça dans aucun de mes clubs. Ce que je déplore c'est que des partenaires soient impliqués, que ce soit Léo ou Neymar.

 

Merci à Lomax pour la traduction.


Source: Mundo Deportivo

Posté par Clément
Article lu 6488 fois