Array Valdano : "Ni Pep ni Luis Enrique, c'est le Barça de Messi" - FC Barcelona Clan

Article | News | vendredi 26 février 2016 à 15:48  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Champion du monde et ayant occupé presque tous les postes au Real Madrid, Jorge Valdano assure que "quiconque a Neymar dans son équipe, s'assure dix ans de spectacle".

Jorge Valdano s'exprime dans une interview pour Mundo Deportivo sur toute l'actualité footbalistique qu'il connait si bien. Champion du monde avec Maradona en 1986, il est aussi célèbre pour son parcours au Real Madrid, où il a occupé tous les postes, d'abord comme joueur, puis entraîneur, puis plus tard comme directeur sportif et finalement adjoint à la présidence de Florentino Pérez. Il est aujourd'hui consultant sur beIN Sports.

Comme analyste de la Champion's sur beIN Sports, qui voyez vous couronné à Milan ?

Les espagnols. Ils ont un grand avantage sur les autres équipes. On nous rabâche les oreilles avec la Premier League, mais ils sont très loin du niveau du football espagnol. En Angleterre, le public célèbre même les touches ou les corners. C'est une culture dont le football anglais devrait se libérer au plus vite, parce que pour le moment les équipes anglaises sont emportées par cet immense climat émotionnel drainé par un public qui commande plus que les entraîneurs. En fait, il manque une certaine sophistication tactique au football anglais. Et c'est pour cela que l'arrivée de Pep là bas est si passionnante, nous avons tellement hâte de le voir défier cette culture.

Y a t-il d'autres candidats ?

Nous allons voir comment arrive le Bayern. Si les blessures les laissent tranquilles, c'est le rival le plus sérieux. La Juve aussi est en pleine confiance avec des joueurs spéciaux tel que Pogba ou Dybala qui gagnent des matchs qu'ils ne méritent pas.

Et le Real Madrid ?

Les joueurs se sentent plus libres, mais la liberté, si elle donne plusieurs solutions en attaque, peut aussi donner des erreurs défensives. L'équipe n'a pas encore trouvé l'équilibre. Mais peut être que la Champion's leur donne la motivation dont ils ont besoin. Ce n'est pas comme en Liga, où ils se sentent largués par le Barça, que de jouer la Champion's dans laquelle ils ont une place historique.

Parlons du Barça et de Messi. C'est le même Leo de 2010 qu'on voit en 2016 ?

Non non celui de 2010 était vertigineux, son jeu était rapide et vertical. Celui de 2016 gère le rythme de son jeu et donne à chaque zone du terrain l'importance qui lui est due.

Cela pourrait allonger sa carrière ?

Sans doute, parce qu'il sait jouer même en marchant. Il n'y a pas meilleur stratège que lui, mais comme buteur, il n'a qu'un seul rival au monde. Cela allongera sans doute sa carrière tant que son mental suivra.

Pourquoi d'après vous Messi est un leader à Barcelone et pas en équipe d'Argentine ? 

Messi est en concurrence historique avec Maradona dans les cœurs des Argentins, parce que Diego n'a pas seulement gagné un Mondial, mais il l'a gagné contre les anglais, ce qui était comme une vengeance pour les Îles Malouines. Le jeu collectif, Messi l'a appris au Barça et le Barça te donne des automatismes que tu ne peux acquérir ni refaire ailleurs. Quiconque vient d'ailleurs, finit par s'adapter plus au moins, mais on voit clairement qu'il vient d'une autre écurie que la Masia. Et ceux qui quittent le Barça ont aussi du mal à s'adapter dans d'autres clubs et Messi n'est pas une exception malgré son génie. Au Barça, on sait très bien comment utiliser Messi, l'équipe entière joue pour lui, pour qu'il se sente à l'aise. En Argentine par contre, il y a des joueurs qui dézonnent trop, d'autres ne savent pas quand il faut passer le ballon à Messi même quand il peut marquer. Du coup en Sélection il n'a pas le même rendement. Le rendre responsable des échecs de la sélection est une abbération. C'est exactement ce qui s'est passé avec Zidane quand il a signé au Real. Certains se sont demandé s'il était souhaitable que Zidane joue, alors que la question à se poser était peut être s'il était souhaitable que l'un des autres joue.

Que pensez vous de cette harmonie entre Messi, Neymar et Suàrez ?

C'est la preuve que le Barça est en état de grâce. Que trois idoles de cette envergure s'entendent si bien sur et en dehors du terrain est juste magique. C'est assez difficile de voir une entente si parfaite. Avec Neymar, ça a pris un peu de temps, mais avez Suàrez ce fut quasi immédiat. 

Le Club qui a Neymar s'assure l'avenir ?

En tout cas, il s'assure le spectacle pour les dix prochaines années... C'est très rare qu'un joueur puisse avoir une telle relation émotionnelle avec le public, en plus il y joint imagination, habilité et rapidité.

Vous pensez quoi des polémiques autour de Neymar ? Peut on censurer l'imagination ?

Peut être pour quelqu'un qui te fait un sombrero à 5-0 alors qu'il n'avait jamais tenté ça de sa vie. Mais pour quelqu'un qui te régale de dix manières différentes... Neymar, c'est Neymar à 5-0 ou à 0-0. D'autre part quand quelqu'un perd 5-0, il perd son calme aussi. Si on comprend Neymar, on peut aussi essayer de comprendre celui qui s'énerve. 

Le toucher de balle de Neymar ressemble à celui de Romario, Ronaldo, Ronaldinho ou Pelé ?

Pelé, c'est plus la sphère de Messi, Maradona, Di Stéfano et Johan. Ceux que tu as cité avaient plus de complices au sein de la sélection, par exemple. Neymar par contre a un jeu déséquilibrant qui fait de lui le plus grand joueur brésilien de cette époque, mais il est comme un ovni parce qu'au Brésil maintenant, on fait une lecture du football totalement absurde depuis leurs défaite au Mondial de 82. Ils sont arrivés à la conclusion qu'il ne gagnent plus parce qu'ils jouent très bien au foot.

Comment vous avez trouvé le pénalty indirect de Messi et Suàrez ?

Je suis très partisan de ce qui est différent. Le football actuel croule sous la routine. Ce qui n'est pas le cas au Barça. Contre le Celta, il y a eu des choses qu'on ne voit pas tous les jours. Je suis partisan de ce qui est insolite, de ce qui peut m'attirer au stade. Le football a beaucoup progressé grâce à des talents supérieurs comme Messi, mais il manque tellement de spontanéité, et est tellement sérieux que devant un pénalty pareil, on se dit "Ahh, ça c'est du jeu" ! Messi a fait d'une soirée ordinaire un jour inoubliable tout simplement.  

Dans le passé, Valdano disait que Messi était Maradona chaque jour plus. Et aujourd'hui que diriez vous ?

Comme l'a souligné Juan Pablo Varsky, Messi est en permanence en juin 86. Il surprend par sa régularité. Il gagne deux matchs sur trois. Nous pensions qu'après Maradona, nous n'allions plus voir une chose pareille. De temps en temps, sa forme diminue et son jeu avec, comme au Mondial où les jambes le trahissent et je n'ai aucune explication possible pour cela. Mais aujourd'hui, Messi est à son top niveau, parce qu'en plus de son talent individuel, il est devenu très collectif, ce qui le rend encore plus précieux. Et cela avec ce que propose Neymar, Iniesta, Busquets, et Suàrez, c'est difficile de ne pas nous éblouir. 

Cristiano Ronaldo s'amuse d'après vous ?

Cristiano Ronaldo, ce qui l'amuse ce sont les défis. Il se met au défi tout le temps, et cela est extraordinaire. Messi est un génie, il est né avec un don naturel. Ronaldo est un joueur qui aspire éternellement à la perfection et à s'améliorer année après année. Et quand Messi se laisse aller juste un peu, il lui pique le Ballon d'Or. Il s'entraîne comme un Marine. Et avoir un joueur comme ça dans ton équipe est une bénédiction. 

Il paraît qu'à Madrid, on le dit prêt pour la retraite ?

Nous faisons des diagnostics toutes les cinq minutes. Tout le monde est pressé, les supporters, les journalistes, même dans le jeu, on l'est. Aujourd'hui les équipes jouent plus vite qu'il ne faut. Le mot à la mode est "intensité" quand avant c'était "attitude".

Qu'est ce l'intensité dans le football ?

Pour moi l'intensité c'est ce que mettait le Barça et l'Espagne dans leur jeu, que le ballon court plus que les joueurs. Mais les entraîneurs actuels pensent que les joueurs doivent courir plus que le ballon.

Le Barça de Luis Enrique court plus que celui de Guardiola ?

Disons qu'ils mettaient plus de temps à trouver le trio de devant.

Mais c'est le même modèle ? 

La ligne d'attaque dans l'actuel Barça est le trio de devant, et avec Guardiola c'était le centre du terrain. 

Quel nom pourrait donner à ce Barça ? Celui de Pep ? De Lucho ? 

Ce Barça a un seul nom et c'est Messi. Le Real a eu l'époque Di Stéfano, mais il est venu à Madrid à 27 ans, presque l'âge de Messi maintenant. 

Vous qui connaissez le madridisme, y a t-il une frustration, un stress, ou un complexe vis-à-vis de cette ère du Barça ?

Il est inévitable de regarder le club rival du coin de l’œil, mais c'est mal vu qu'un club de la dimension du Real Madrid regarde avec envie qui que ce soit. Cela fait plus de 30 ans quand je suis arrivé ici, c'était pareil pour le Barça vis-à-vis du Real. Ce n'est pas un club qui se résigne, il recrute les meilleurs, essaie, et réessaie... 

Que représente pour le football Cruyff le joueur / Cruyff l'entraîneur ? 

Pour le football espagnol, il représente énormément. Il a montré le chemin. J'admire Cruyff  comme professionnel et je l'estime en tant que personne. J'en profite d'ailleurs pour lui souhaiter un prompt rétablissement. Il a marqué le football, tout d'abord comme joueur, puis comme entraîneur. C'est le seul dans l'histoire qui a autant d'influence sur le football dans les deux rôles.

Et Beckenbauer ?

Non, Beckenbauer a gagné comme joueur et aussi comme entraîneur. Mais gagner, seulement gagner, et cela est à la portée de quiconque. 

Vous pouvez imaginer Messi en entraîneur ? 

Je ne voyais pas Zidane entraîneur non plus, et regardez où il est maintenant. J'ai été avec des joueurs sur qui vous n'auriez jamais parié, et après...

Comme avec Luis Enrique ?

Effectivement, c'est l'un d'eux. 

Vous l'avez entraîné à Madrid ? C'est vrai que vous l'avez relégué ? 

Nous avons été champions avec Luis Enrique à droite. Après il n'a plus renouvelé avec le Real et a préféré le Barça et je devais penser au futur du club. C'est comme ça qu'il ya eu Gutti. Comme ça qu'il ya eu Raùl. 

Vous avez revu Luis Enrique quelques fois depuis ? 

Non, je ne l'ai pas revu. 

Pourquoi vous n'entraînez plus ? 

Parce que je ne suis pas obsessionnel. Je dis toujours que si je dois vivre trois vies, j'en dédie juste une à être entraîneur. 

Même pas en Argentine avec Leo ?

Non, ce n'est pas l'endroit, mais ça me concerne moi. En football, j'aime entrer et sortir, pas rester. Finalement le football peut t'obséder et pour ça tu dois avoir une seule passion. Moi j'en ai plus. 

Avec Florentino vous avez été à deux reprises au Real Madrid...

J'aime le football et j'adore le Real. 

Il parait que vous lui manquez pour régler les problèmes... 

Je ne pense pas. C'est un club que rien ne peut atteindre, je l'ai vécu en tant que joueur aussi, avec les fameuses remontadas, avec les "UEFA", il y a toujours eu quelqu'un pour dire "comme avec Di Stéfano, rien ne peut nous atteindre".

On le dira aussi pour le Barça de l'après Messi ?

Sans aucun doute. Ce cycle historique, quelqu'un va le représenter. 

Neymar, Dybala, Pogba…  et qui voyez-vous encore régner après ?

Hazard, Douglas Costa sont des joueurs qui n'ont pas encore atteint leur maturité. Et peut-être d'un moment à l'autre, va apparaître un joueur... comme aujourd'hui Mahrez avec Leicester. 


Source: Mundo Deportivo

Posté par Jade
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