Array Thierry Henry : Pep interdisait la F1 et le tennis - FC Barcelona Clan

En Une | Pep Guardiola | vendredi 1 janvier 2016 à 21:59  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Thierry Henry revient sur la méthode de Guardiola lors de ses années barcelonaises, et se réjouit de l'arrivée de l'entraîneur en Angleterre.

Quiconque remporte la Premier League cette saison a intérêt à en profiter. Parce que ce sera une toute autre histoire lorsque Pep Guardiola arrivera en Angleterre l’an prochain. Si j’étais dirigeant de club, où que ce soit dans le monde, et que je cherchais à changer d’entraîneur, Guardiola serait mon choix numéro un. Pas de doute.

Pour moi, il est déjà l’un des meilleurs entraîneurs de tous les temps. Ses équipes ne se contentent pas de gagner le championnat, elles le dominent complètement. Il arrive avec un  plan, prend le contrôle total du club et laisse un héritage durable qui survit longtemps après son départ vers un autre challenge. J’ai eu la chance d’être à Barcelone dès le début de la carrière d’entraîneur de Guardiola, et j’ai été époustouflé par cet homme et ses méthodes. Maintenant, je peux seulement deviner qu’il est devenu encore meilleur, suite à ces cinq années au Barça et au Bayern. Voici ce qui le rend si particulier.

Philosophie

 

La philosophie de Pep est basée sur les trois P : passer le ballon (play), garder le ballon (possession), et rester dans sa zone (position).

Cela revient à défendre vraiment très haut sur le terrain, pour faire pression sur l’autre équipe, récupérer le ballon aussi vite que possible et rester dans la moitié de terrain adverse autant que possible. Pour lui, gagner est une conséquence du fait de bien jouer balle au sol, respecter son plan, rester en position et toujours garder la possession. Il met tout en place pour récupérer le ballon jusque dans les trente derniers mètres, et ensuite fait confiance à son équipe pour finir le travail dans la seule zone du terrain où il n’est pas possible de planifier quoi que ce soit.

Guardiola étudie les faiblesses de chaque adversaire et donne à ses joueurs des instructions précises pour remonter le ballon. Pour chaque match, il a une routine de remise en jeu (sur corners, sorties) différente. Ainsi vous savez exactement comment le match va se dérouler avant même le coup d’envoi. Vous savez où aller et quelles courses effectuer, parce que les espaces s’ouvrent précisément comme Pep l’avait prédit.

Chaque joueur doit rester dans sa zone et ne pas courir après le ballon. Personne ne dribble dans le milieu de terrain. Tout se joue à deux touches parce que le ballon va plus vite que n’importe quel joueur. Pep pose continuellement des problèmes à l’opposition. Ils peuvent avoir des réponses pour les trois ou quatre premiers, mais en fin de compte leurs solutions s’épuisent et soudainement le match est perdu.

Formation

Si vous regardez le Bayern Munich, il y a des moments où ils jouent en 1-2-5-3, avec le gardien Manuel Neuer en libéro. Le but est de créer le surnombre au milieu, de récupérer le ballon aussi vite que possible et d’initier une reconversion offensive immédiate. Avec autant de joueurs dans le milieu de terrain, les distances sont courtes et la structure est en place. Même lorsque son équipe a le ballon, ils pensent au jeu défensif.

Le milieu défensif reste plus haut que l'homme dangereux de l'équipe adverse, forçant les opposants à se débarrasser du ballon sans construire parce que tout le monde est en place pour étouffer le milieu de terrain, et couper court à toute contre-attaque. Avec Neuer en libéro de fait, ses défenseurs centraux peuvent jouer plus haut sachant que leur gardien se débrouillera sur les longs ballons. Ses ailiers restent haut et écartent le jeu pour neutraliser la défense adverse, avec l’attaquant positionné entre les deux centraux. Ils forcent les défenseurs à rester avec eux, permettant à leur équipe de se trouver en supériorité numérique au milieu. C’est arithmétique.

Discipline

Guardiola est un professionnel absolu sur et en-dehors du terrain et exige la même chose de tous ses joueurs. Si un type n’est pas en phase avec le reste du groupe, Pep ne l’accepte pas. Arriver tard à l’entraînement lorsque la session a déjà commencé ? Vous ne vous entraînez pas. Il nous a interdit d’aller voir la Formule 1 ou le tennis à Barcelone, parce qu’il ne voulait pas qu’on reste assis des heures sous le soleil. Nous n’avions pas le droit de sortir après minuit et il contrôlait tout ce qu’on mangeait et buvait.

Si j’avais des obligations publicitaires, mon agent devait demander la permission à Pep par e-mail. Il n’a jamais dit non ; il voulait juste savoir ce qu’on faisait. Ça peut faire penser à un dictateur absolu mais ça n’a jamais été ça.  Il nous donnait simplement une ligne de conduite et prévenait tout le monde des conséquences si elle n’était pas respectée. Il fallait vraiment être stupide pour ignorer ses exigences, parce qu’elles faisaient de nous tous de meilleurs joueurs.

Entraînement

Les sessions d’entraînement n’étaient jamais longues, même en pré-saison, mais tout était fait à 2000% d’intensité. On s’entraînait comme si on jouait vraiment, on donnait toute notre énergie, en faisant attention à tous les détails. Les gens disent toujours à quel point les équipes de Pep sont fortes avec le ballon, les tricks, les buts. Mais ils ne parlent jamais de l’attention donnée à la défense et tout le travail mené pour que chacun soit à sa place – et c’était développé à l’entraînement.

On attendait de nous qu’on coure tout le temps. Si on avait une pause à l’entraînement pour boire, on devait courir sur le côté et courir pour revenir sur le terrain. Il n’y avait pas le temps de traîner et pas de place pour les égos. Les joueurs devaient porter les goals sur le terrain, parce que Pep voulait qu’on fasse tout en équipe… et deux fois plus rapidement. Pep était entouré de superstars mais il les gardait toutes impliquées, en les challengeant chaque minute de chaque jour.

Le meneur d'hommes

Pep m’a invité chez lui avant même d’avoir été officialisé comme entraîneur du Barça, et m’a dit exactement ce qu’il attendait de moi et quel serait mon rôle. Tout était extrêmement clair et ça m’a permis de me détendre durant mes vacances d’été.

Au début de sa première saison, nous avions cinq points d’avance au classement, on cartonnait. Samuel Eto'o avait onze buts, Leo Messi en avait dix, et moi j’en avais trois ou quatre. Mais Pep m’a appelé dans son bureau et m’a dit : "Je veux voir le Thierry Henry que j’avais l’habitude de voir à Arsenal." Pour moi, ça n’avait pas d’importance de qui marquait, tant qu’on gagnait, mais Pep disait que je devais marquer chaque semaine – et si je n’y arrivais pas, il mettrait quelqu’un d’autre. Ca a marché. Le match suivant, j’ai inscrit un triplé… et les trois attaquants ont terminé la saison avec cent buts au total. Contre le Sporting Lisbonne en Champions League, j’ai effrontément changé d’aile pour aller à droite. Pep m’a remplacé à la mi-temps parce que je n’avais pas suivi les instructions.


Source: The Sun

Posté par Wedge
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