Array Précédent sans président : Une dangereuse méthode - FC Barcelona Clan

Article | News | mercredi 8 juillet 2015 à 11:10  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Précédent : nom masculin. Fait, acte antérieur invoqué comme référence, comme modèle ou comme justification pour quelque chose d'identique ou d'analogue : Invoquer des précédents pour se justifier.

Bien que nous soyons en 2015 et non pas en 1984, et bien que le FC Barcelone ne soit pas à un niveau institutionnel dans une dystopie d'un niveau Orwellien cauchermardesque - 'Big Barto' ne nous observe pas tous -, le poids de la citation à venir ne devrait pas être pris à la légère par n'importe quel culé : « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé ».

La nuit dernière, avec la signature d'Arda Turan, l'histoire a été écrite. Pas l'histoire sensationnaliste ou celle qui pourra être désignée retrospectivement comme la genèse de trophées remportés, comme la signature de Ronaldinho.

L'histoire dans le sens ou quelque chose qui n'avait jamais été réalisé dans l'histoire moderne du Barça - après l'-année-d'-arrivée-de-notre-Seigneur-et-Sauveur Johann Cruijff, par l'évangile de Joan Laporta - s'est produit avec une aisance atypique.

Depuis 1969, le Barça a connu huit présidents et une commission de gestion. Durant cette période, depuis le règne d'Agusti Montal Costa jusqu'à Sandro Rosell, le club a connu des périodes d'austérité relatives, des périodes d'opulence et d'excès, des changements fondamentaux au point de vue philosophique et a vu de nombreux joueurs arriver ou quitter la Catalogne.

Pourtant, jamais auparavant un joueur n'avait été signé par une direction d'intérim sans qu'un président titulaire ne soit en fonction *.

De façon ironique, la situation la plus similaire vient de l'arrivée de Rüştü Reçber : Le premier transfert de l'ère Laporta et le seul Turc a avoir porté le maillot Blaugrana jusqu'à aujourd'hui. Mais, contrairement à son compatriote et à sa fameuse barbe,  Rüştü signa le 1er juillet 2003 - 16 jours après la fin de la tenure de la commission de gestion. Une commission qui, comme les livres d'histoire le retiendront, n'a signé aucun joueur durant son court mandat.

Ce qui est et n'est pas couvert par la juridiction de cette direction d'intérim n'est pas clair, mais les chiffres qui suivent sont encore frais, écrits noir sur blanc : à 34 millions d'euros, Arda est le 10ème joueur le plus cher de l'histoire du club, et si les clauses additionnelles sont remplies, les 7 millions supplémentaires propulseront l'ancien Colchonero à la 5ème place de ce classement.

 

Qu'Arda soit ou non l'homme de la situation pour le Barça n'a pas d'importance. Qu'il soit un joueur extrêmement talentueux ou non - il l'est - n'a pas d'importance. Son futur succès ? Pas d'importance. Son futur échec ? Pas d'importance. Que Lucho l'ait apparemment "voulu" - et si l'on en croit les médias, Lucho veut tout le monde - n'a pas d'importance.

Ce qui est important est ce qui suit : Le seul candidat à la présidence qui était en faveur de la signature de Turan était Josep Bartomeu, un président jamais élu, en course pour un second mandat, et l'homme à qui Ariedo Braida - directeur sportif international et peut-être l'homme le plus important au club actuellement - prête allégeance.

Assurons-nous à présent que ceci est clair comme le ciel de Barcelone lors d'une chaude journée d'été : c'est le droit de tous et de chacun des candidats à la présidence de promettre ce qu'ils veulent et surtout qui ils veulent. Ça a toujours été leur droit et ça le sera toujours.

Joan Laporta a le droit de promettre Paul Pogba. Agustí Benedito a le droit de promettre Marco Verratti. Toni Freixa a le droit de promettre qu'il ne signera aucun joueur du Real Madrid. Joan Batiste a le droit de promettre le dévelloppement d'une agence de transport et d'une 'zone d'ambiance' pour les fans. Josep Bartomeu a le droit de promettre Arda Turan.

Ceci est évidemment une vulgarisation - il n'y a pas d'intérêt à plonger en détail dans chacune de ces candidatures ici - mais imaginez le chaos que cela donnerait si ils étaient tous autorisés à faire rentrer les plans en vigueur simultanment. Schrödinger serait fier de pouvoir nous annoncer que Qatar Airways est et n'est pas notre sponsor. Cruijff serait forcé d'avoir un pied au sein du Camp Nou et l'autre en dehors. Il y aurait 5 directeurs sportifs différents et 5 directions.

C'est évidemment un concept tout bonnement ridicule, comme vous me l'auriez fait remarquer, personne ne pourrait se ranger du côté d'une absurdité pareille, et personne ne s'y range ; c'est un principe fondamental de la démocratie de ne pas autoriser l'implémentation de nouvelles politiques avant élections. Si tout le monde ne peut pas avoir ce droit, personne ne peut l'avoir.

Et si un seul homme recevait - de façon implicite - de tels pouvoirs ? La balance ne serait-elle pas faussée, les cartes ne seraient-elles pas faussées et l'équité bafouée ?

Voilà ce que la signature de Turan approuve implicitement. Elle nous dit qu'il est acceptable de saper et de compromettre une candidature rivale par de tels moyens, qu'il est acceptable de s'octroyer ainsi un avantage et ainsi faciliter sa propre élection et/ou réélection au pouvoir. Démocratie ? C'est toujours bien jusqu'à ce que ça ne le soit plus.

Une 'pente savonneuse' est probablement l'expression la plus sur-utilisée quand il s'agît de parler d'affaires de ce genre en terme commun mais le cliché convient : la situation actuelle ne pourrait pas être plus glissante si l'on demandait à David Luiz de marquer individuellement Luis Suarez muni de patins à glace.

À partir de maintenant, qu'est ce qui pourrait arrêter un futur président de manipuler les choses de façon à être réélu ou de faire en sorte de saper son successeur avant que celui-ci prenne le pouvoir ? Si les sondages futurs indiquaient que Bartomeu n'avait absolument plus aucune chance  - ne retennez pas votre souffle - qu'est-ce qui empêcherait Signor Braida de recevoir un coup de téléphone et de dire arrivederci à Messi, Piqué et Busquets avant que le mot "transparence" ne puisse être articulé ?

 

Évidemment, cette hypothèse est un extrême qui serait presque impossible à exécuter en pratique, mais il n'y a aucun cadre institutionnel ou législatif qui pourrait réellement l'empêcher ; si une direction intérimaire peut se débarrasser de Marin Montoya, il n'y a aucune raison d'imaginer qu'elle ne pourrait pas faire de même avec quelqu'un d'autre - c'est juste une question d'ampleur et non de nature.

« Quelqu'un s'y opposerait ! », pourriez-vous me répondre, et bien que celà puisse être le cas, jusqu'à ce qu'un président rende clair les droits et devoirs d'une telle direction d'intérim, ces cris d'oppositions tomberaient dans des oreilles sourdes.

De façon plus pertinente, pourquoi un président en fonction serait-il un jour motivé à limiter ces choses ? Pourquoi se débarrasserait-il d'un système qui est aussi inéluctablement avantageux pour le président qu'il est imparfait ? Si a pu faire Y, il est normal que puisse en faire autant - et on pourrait s'attendre à ce que pointe ceci en tant que précédent - sinon Z ne serait-il pas traité injustement ? Si ça sonne comme une horrible distorsion des principes d'équité et d'intégrité, c'est parce que c'en est une, mais ce status quo est exactement ce à quoi les culés risque d'avoir à faire dans le futur.

Il est trop tôt pour savoir si le point de non-retour a été atteint, mais un nouveau pas a certainement été pris dans cette direction.

Ne faites pas d'erreur : le transfert d'Arda n'était pas un transfert d'un joueur observé par des experts dans le but de rendre le 11 meilleur. C'était un mouvement à but purement politique - bien que celui-ci puisse finalement être bénéfique pour l'équipe de Luis Enrique - pour assurer des votes à un candidat.

Ne laissez pas ces paronymes vous bercer dans un sentiment de fausse sécurité - un précédent sans président est une méthode réellement dangereuse.

« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé ».

 

*Aleix Vidal a été signé le 7 juin 2015, avant que Bartomeu ne cède ses fonctions à la direction d'intérim.

Source: http://www.totalbarca.com/2015/opinion-pieces/precedent-without-a-president-a-dangerous-method/ Par Sameer Ryaz.


Posté par Elmagio
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