Array Pep fait-il l'unanimité ? - FC Barcelona Clan

En Une | Pep Guardiola | lundi 4 mai 2015 à 10:09  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Josep Guardiola fait son grand retour au Camp Nou mercredi. Légende parmi les légendes de ce grand club, Bartomeu lui-même s'attend à voir l'actuel entraîneur du Bayern Munich accueilli comme il se doit par les supporters catalans. Mais Pep Guardiola fait-il vraiment l'unanimité en Catalogne ? Rien n'est moins vrai...

Supporter, ramasseur de balle, gamin dans la Masia, capitaine, légende, idéologue finalement, et parfois même ennemi.

Il l’est devenu pour certain, il l’a même toujours été pour d’autres.

Josep Guardiola fera son retour au Camp Nou ce mercredi. Une deuxième fois cette saison, après son apparition dans les tribunes en mars dernier, le visage caché par une grande écharpe, aux côtés de son père Valenti et son ami de toujours Manuel Estiarte. C’est avec le sourire aux lèvres que Pep s’était montré au public blaugrana.

Il sera différent mercredi. Sur le banc, sur l’autre banc, comme entraîneur du Bayern Munich. Pour la première fois de sa vie, Pep Guardiola, ce gamin qui traversait la pelouse en 1986 pour demander son maillot à Victor Munoz après la qualification du Barça en finale de C1, celui-là même qui gagnera le trophée sept ans plus tard à Wembley, voudra voir le Barça tomber. Et après le retour à Munich, quelque soit l'issue de la rencontre, il voudra revoir Barcelone gagner.

Les supporters barcelonais sont comme lui, mercredi, ils espèrent vaincre Guardiola. Après, même si c'est le Bayern qui atteint la finale, ils ne lui souhaiteront rien d’autre que la victoire.

Beaucoup d’entre eux, mais pas tous.

Après le tirage, Guardiola avait déclaré que le premier message qu’il avait recu lui venait de sa fille, très contente de revoir ses amis de Barcelone. « Le Barça était notre vie, mais ce n’est finalement qu’un match de football » a-t-il déclaré.

Il n’a convaincu personne. Cette rencontre est bien plus qu’un simple match de football, pour le meilleur et pour le pire.

Le président du club s’est justement prononcé sur la question du retour de Pep en ces mots : « J’attends et j’espère un très bel accueil pour Guardiola, il lui sera rendu l’hommage qu’il mérite ».

Cette déclaration peut paraître superflue, en réponse à une question qui l’est alors tout autant, mais elle ne l’était pas. Sincère ou pas, là n’est pas la question. Catalan et capitaine, Guardiola était la voix d’un certain Johann Cruyff sur le terrain, son relai dans la Dream Team, ce même Pep gagnera un championnat avec le Barça B lors de sa première expérience sur un banc de touche, avant de se lancer dans une folle aventure de quatre ans à la tête de la A, ponctuée d’un razzia de titres inégalée ; 14 sur 19 possibles, dont six la première année. On lui collait le surnom de mite, qui se traduit par mythe, ou légende. C’était son nom quand il portait encore son numéro quatre, après son départ en 2012, il est devenu une idole pour beaucoup de supporters. Un dieu-vivant du barcelonisme.

Le hic, c’est que d’autres ne pensent pas de la sorte. Ce Monsieur qui quittait le navire en 2012, et qui laissait derrière lui un spectre qui hanta l’équipe après lui, ne sera pas bien reçu par tout le monde. La presse le démontre déjà, un traitement froid, comme si l’homme ne représentait plus rien. Hostile, voire grossier. Pire même, Pep n’aura pas - n’a pas serait plus judicieux – droit à la simple critique, ce sera la campagne médiatique même. Et la nébuleuse qui entoure les médias catalans ne rassure personne ; beaucoup peuvent légitimement y voir l’ombre d’un certain Rosell, à travers le contenu des articles, ou même dans les liens qui unissent l’actuelle direction du club (celle de Rosell) et les journaux pro-barcelonais.

Les relations de Pep avec Sandro Rosell avaient toujours été froides, quoique professionnelles. Idéologiquement, les deux hommes ne se sont jamais rencontrés. Quand Pep quittait le club en 2012, il le faisait par fatigue après une orgie de titres, mais son départ n’a pas plus à tout le monde, ils ne lui ont pas pardonné. Guardiola, entraîneur, manager, porte-parole du club, directeur sportif, presque président, les avait ainsi exposés au monde blaugrana en quittant le navire. Ils devenaient immédiatement responsables des succès, mais surtout des éventuels échecs de l'équipe. 

Le FC Barcelone est un club très politique, il y existe une éternelle lutte d’intérêts, avec ce qu’elle apporte de paranoïa et de trahison, un club prompt au débat, mais aussi à la division. Même ceux qui cherchent la neutralité se voient vite désignés comme représentants d’un camp. Johann Cruyff vs Núñez avait ressemblé à une guerre civile dans l’institution, et les traces de cette histoire sont encore présentes de nos jours ;  les noms ont changés, mais les idées sont les mêmes.

Les médias jouent le rôle de propagandistes en Catalogne, enfermés eux-mêmes dans cette idée de la confrontation, ils se sont choisis des camps, créent les discordes et s’en nourrissent.

Guardiola est un Cruyffiste est l’a toujours été, Rosell est différent, il est ce président qui ordonnait à l’Hollandais de reprendre sa place dans les bureaux du club, et qui le poussa même à rendre son titre de président d’honneur, Pep et Sandro ne pouvaient clairement pas s’entendre. Bartomeu n’est pas différent, bras droit de Rosell, président actuel du club et candidat à la présidence de l’institution cet été, les mêmes conflits d’intérêts existent entre lui et le camp Cruyffiste. La plupart du temps cachés, ils refont surface au bon moment, quand l’organe médiatique lance l’hameçon.

Bien sûr, Guardiola comprend mieux que n’importe qui comment se joue ce petit jeu politique, entre les intérêts de la direction et la presse. Pep a toujours senti, assez justement, que le groupe Godo (La Vanguardia et El Mundo Deportivo) était la sous l’emprise de la direction Rosell, et de celle qui tient actuellement le club. Quand El Mundo Deportivo l’attaquait, Pep pouvait très logiquement y voir une attaque de la direction à son encontre, cachée derrière le journal. Parce qu’il était à lui seul (avec son équipe), le dernier bastion Cruyffiste dans le club, et que ses grands succès restaient ceux de son camp, alors la direction devait minimiser son apport, le critiquer via les médias, pour ainsi s’approprier les succès du Barça.

Pepe Reina l’exprime d’ailleurs assez bien dans une sortie cette semaine, de Munich : « C’est l’environnement à Barcelone. C’est toujours comme ça, et cela le restera pour toujours. Tout le monde est sujet à cette pression, les constantes comparaisons et la lutte interne ».

Cette saison a été particulièrement sujette à ce petit jeu des comparaisons, entre ceux qui considèrent que l’équipe de Lucho ne vaut toujours pas celle de Pep, voire qu’elle n’atteindra jamais un tel niveau, et ceux qui, même quand elle ne l’était pas objectivement, plaçaient la Lucho-Team au-dessus de la Pep-Team.

Ce débat a souvent été poussé au-delà des limites du sérieux, en plus d’être inutile, voire stupide dans son fond. La nostalgie y joue un grand rôle : pour Luis Enrique, cette comparaison a été une pression que ne connait aucun autre coach du monde. Un autre entraîneur barcelonais avait connu pareille situation, Sir Bobby Robson, constamment critiqué parce qu’il n’était pas Johann Cruyff, comme Lucho n’est pas Pep. La Dream-Team et la Pep-Team sont devenues des épées de Damoclès, suspendues au-dessus du destin des hommes qui leurs succèdent.

Si l’idée derrière la propagande lancée contre Guardiola était de protéger l’actuel entraineur du club des comparaisons, la situation serait tout autre. Mais il est difficile de croire à cette bonne foi quand on lit ce qui nous est servi, la manière et la vulgarité avec laquelle est traité un Pep ne laissent pratiquement pas de doute ; ce n’est pas Lucho qui doit être protégé, c’est Guardiola qui doit être attaqué. La volonté derrière les articles perd toute noblesse, et c’est seulement en comprenant la complexité des conflits qui animent le Barça que tout devient un peu plus clair aux lecteurs.

Parfois, le cynisme et la sévérité des articles sont dévastateurs. Dans El Mundo Deportivo, toutes les occasions de lui taper dessus sont bonnes, aucune attaque n’est trop gratuite. En lisant Santi Nolla, journaliste d'El Mundo, on ne peut que se demander ce que Guardiola a bien pu lui faire de si horrible. Comment expliquer une telle amertume ?

Pendant l’été 2013, au milieu d’une de ses premières conférence de presse en Bavière, Guardiola disait : « Si j’ai envie d’avoir un dîner avec Cruyff, j’aurais un dîner avec Cruyff ». Il répondait à un journaliste qui lui prêtait un propos sur le fait que le défunt Tito Vilanova, entraîneur du Barca à l’époque, ne saurait pas faire jouer Messi et Neymar ensemble.

La réponse cinglante de Guardiola révélait une tension entre lui et la direction qui était à l’époque encore inconnue du grand public. L’impression que la direction ne le lâchait pas, que même après un an à New-York, ce besoin de le diminuer aux yeux des supporters persistait, qu’il fallait toujours corriger cette image quasi-parfaite du mite. Et si aujourd’hui El Mundo Deportivo utilise cette réponse comme une cause de leurs attaques contre lui depuis, il faut surtout voir la réponse de Pep comme le résultat d’une longue période de diffamation, avant et surtout après son départ.

« Je suis allé loin, à 6.000 kilomètres, simplement pour qu’ils me laissent tranquille…mais ils ne pouvaient apparemment pas ».

Guardiola s’est souvent, à coup d’allusions, plaint de ce traîtement, surtout quand le club utilisa la maladie de Tito contre lui, en laissant entendre à travers les journaux que Guardiola ne rendit aucune visite à son ami quand celui-ci traîtait son cancer à New-York. Ces rumeurs précèdent la réponse de Pep en juillet 2013 sur le dîner avec Cruyff. « Il s’est dit des choses que je n’oublierais jamais. Je leur demande seulement d’arrêter de m’utiliser ou d’utiliser mes amis pour me blesser ».

En retour, certains défendront Guardiola. Ils seront vite accusés par El Mundo Deportivo de faire une propagande pro-Pep.

« Guardiola ne me réprésente pas » disait Cristina Cubero, journaliste d’El Mundo Deportivo. Et si elle était sincère ? Et si, vraiment, le fait que Pep ne représente pas un camp des supporters barcelonais les poussait à l’attaquer, encore plus quand il n’accumule plus les succès à la tête de l’équipe ?

Son statut dérange, c’est indéniable.

Quand Guardiola était au Camp Nou pour le match retour contre Manchester City, Nolla s’était exprimé sur le sujet dans sa tribune. Derrière des formules classiques comme « Guardiola sera toujours bien accueilli ici » se cachaient des piques, des provocations et une envie vicieuse d’utiliser sa venue au Camp Nou pour, une fois de plus, diaboliser le personnage.

« Guardiola est venu observer un adversaire », c’est de la sorte que commençait son article. Pourtant, Pep ne l’a jamais fait, que ce soit en 4 ans à Barcelone, ou depuis qu’il est à Munich.

« Son équipe était la plupart du temps spectaculaire, mais souvent prévisible et ennuyante ».

« Guardiola a rejoint le Bayern après que Jupp Heynckes ait tout raflé ».

« Guardiola était chanceux d’avoir dans son équipe le meilleur joueur du monde : c’était le Barça de Messi ».

Et encore d’autres phrases du genre. Nolla ajoutera aussi qu’il n’y a qu’un seul coach du Barça, et que c’était Luis Enrique.

Mercredi, il n’y aura effectivement qu’un seul coach du Barça. Mais quelques mètres à côté, il y aura un ancien entraîneur du Barça, un homme que les supporters aiment encore, à qui il sera rendu l’hommage qu’il mérite, même si cela risque de faire grincer des dents les hommes de la direction et ceux de la presse.

La tâche de Luis Enrique cette saison fut extrêmement compliquée, avec ce spectre du mite qui plane au-dessus du Camp Nou, mais contrairement aux autres, Luis Enrique n'est pas dans un conflit d'intérêt :

« Pep est mon ami, et je pense toujours que c’est le meilleur ».

 

 

Source: http://www.espnfc.com/uefa-champions-league/2/blog/post/2427816/on-pep-guardiolas-barcelona-return-by-sid-lowe


Posté par Ayoubaoui
Article lu 7929 fois