Array Le soldat Pedro s'en est allé - FC Barcelona Clan

En Une | Pedro Rodriguez Ledesma | dimanche 6 septembre 2015 à 19:56  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Symbole des années Guardiola, de la réussite de la Masia, de la détermination et du sens du collectif, Pedro est parti pour se sentir à nouveau "important". Peut-on lui en vouloir? Pedro est-il aujourd'hui le symbole de cette volonté de renouveau qui guide les choix de la direction du Barça?

Ça devait être lui.

Il restait quelques minutes à combler à l’antenne de TV3 avant le début de la finale de la Super Coupe d'Europe. Le nouveau directeur sportif de Barcelone, Robert Fernández, en a profité pour annoncer que Pedro lui avait dit qu'il voulait partir, et a lâché le : "cela pourrait être son dernier match avec nous" que beaucoup craignaient (annonce qui mettra Pedro "en colère" comme il l'expliquera quelques jours plus tard à Marca, voir "Sources").

Deux heures plus tard. Il restait encore moins de temps avant la fin du temps additionnel de la finale de la Super Coupe d'Europe, lorsque le ballon est retombé à l'intérieur de la surface des six mètres suite à une frappe de Messi. Comme un éclair quelqu'un a jaillit, soulevant le ballon au-dessus Beto, le propulsant au fond du filet et déclenchant la joie de tous les Culés du monde.

Cet éclair c'était Pedro, bien sûr.

Neymar avait les oreillons mais Pedro avait quand même commencé le match sur le banc. La veille Luis Enrique déclarait que Pedro souffrait d'un "problème musculaire". Plus révélateur, il avait ajouté: "Et vous connaissez tous sa situation." Les mots de Fernández avaient confirmé le départ à venir. Le staff avait prévu de ne pas le faire jouer du tout,  estimant qu'ils n'avaient pas besoin de lui, mais il a finalement fallut faire appel à lui.

Le score était à 4-4 et minuit était passé. Pedro est rentré après 95 minutes; 10 minutes plus tard, il marquait, Barcelone remportait la Super Coupe d'Europe et le "sextuplé" était toujours vivant.

Une soirée classique pour Pedro.

L’homme de la 25ème heure

Il faut se souvenir que Pedro est un abonné du but de la dernière minute, déjà lors de sa 1ère saison il nous avait fait le coup. 115 ème minute déjà, finale de Super Coupe d'Europe déjà :

https://www.youtube.com/watch?v=47ucE1XCszw

Même match, même minute de jeu et au final même résultat que face à Séville le mois dernier.

Quatre mois après ce but contre Donetsk, Pedro a égalisé à la 89e minute de la finale Coupe du Monde contre le club Estudiantes de l'Argentine, permettant au Barça de s’imposer 1-2 après prolongations.

https://www.youtube.com/watch?v=qmBJVesoh5M

Lorsque Barcelone avait besoin de lui, Pedro avait pris heureuse habitude de répondre présent, il suffit pour s'en convaincre d'égrainer les finales qu'il a joué pour vérifier qu'à chaque fois il s'y est illustré:

16 août 2009. Il marque son premier but avec le Barça en Supercoupe d'Espagne (aller) face à Bilbao.

 28 août 2009. Son but permet au FC Barcelone de remporter la Supercoupe d'Europe lors de la deuxième période de la prolongation. Il devient le héros de Monaco.

16 décembre 2009. Avec son but face à Atlante en demi-finale, Pedro devient le premier joueur de l'histoire qui marque dans les six compétitions dans la même année. Il marquera aussi lors de la finale.

28 mai 2011. Il marque le premier but de la finale de la Ligue des Champions face à Manchester United, et le Barça s'impose finalement 3-1.

11 août 2015. Son dernier but avec le Barça est aussi décisif, puisqu'il permet aux blaugranas de remporter la Supercoupe d'Europe.

Vidéo officielle de tous ses buts: http://www.dailymotion.com/video/x32gzmd#user_search=1

Palmarès

Ce dernier but pour le Barça (le 99ème) aura donc permis de boucler la boucle. Boucle somptueuse puisque ce n’est pas moins de 20 titres en club que Pedro aura remporté entre ces deux buts : cinq titres de champion d'Espagne (09,10,11, 13, 15), trois Copa del Rey (09,12,15), quatre Super Coupes d'Espagne (09,10,11,13), trois Ligues des champions (09,11,15), trois Super Coupes européennes (09,11,15) et deux mondiaux des clubs (09,11).

Oh, et accessoirement la Coupe du Monde 2010 et l’Euro 2012 aussi.

Retour sur le parcours

Lorsque Pedro a fait ses débuts pour les CD Raqui à Tenerife, son père travaillait encore sur une plateforme pétrolière. Son surnom était " mascotte " en raison de sa taille. Il est arrivé à Barcelone en Août 2004, deux jours après son 16ème anniversaire, mais trois ans plus tard, en 2007, le staff technique suggérait qu'il soit libéré. L'arrivée de Guardiola a (encore une fois) tout changé. Pep a assuré la promotion de celui qu'on appelait alors "Pedrito" en équipe B pour commencer, puis l’intégration à l’équipe première. Sa première saison (08-09) s’est conclue sur un triplé Liga-Copa-Champion’s, alors qu’il était  toujours officiellement rattaché à l'équipe B. La saison suivante  avait commencé avec trois trophées  de plus…

Il n’avait certes joué qu’une seule minute de la finale de Champions League 2009 (l'un de ses 14 apparitions cette saison-là) mais il faut se souvenir qu' il n'avait pas encore signé officiellement de contrat avec l'équipe première en début de campagne 2009-10! Ces questions administratives ne l'avaient pas empêché de se signaler en réalisant une performance unique: marquer dans les six compétitions possibles !

" Victor Valdés dit que je dois une fleur dans le cul, " avait-il admis après la finale de la Coupe du Monde. Expression imagée pour dire en espagnol qu’il est chanceux. Comme l'a dit Xavi : " Il n’est pas normal d'obtenir en une saison ce qui prend toute une carrière aux autres. " Mais il n’est pas question de chance ici; les coïncidences sont trop nombreuses. On ne passe pas de vainqueur du championnat de troisième division à la finale de la Coupe du Monde en  deux ans par « chance ».

Après qu’il ait marqué lors de la victoire 2-0 au Bernabéu en Avril 2010, Guardiola avait dit : " Il est temps que nous prenions au sérieux Pedro ». C’était  peut-être il y a cinq ans, pourtant la phrase semble toujours aussi pertinente. Guardiola avait raison quand il disait que le destin de Pedro serait "d’écrire l'histoire ici, en lettres d'or ".

Pedro a marqué 22 fois lors de la première et unique saison d'Ibrahimovic. Son but au Bernabéu avait aidé à remporter le championnat. La saison suivante, aligné aux côtés de Messi et Villa il formait ce qui restera probablement comme l'expression la plus pure de la philosophie de Guardiola  - l'une des nombreuses raisons pour lesquelles certains regrettent tant son départ - et a marqué lors de la victoire 5-0 contre le Real Madrid et dans la finale de Champions League 2011 contre Manchester United à Wembley. La saison suivante, son rôle a été réduit, mais en 13-14 alors que tout le monde annonçait sa fin avec l'arrivée de Neymar, il s’est à nouveau révélé précieux en inscrivant  15 buts en championnat.

Profil

Parfois en regardant Pedro on se demandait ce qu’il avait, mais ce qui est certain c’est qu’il avait quelque chose. Une sorte de l’électricité, pour commencer. Il y a une intensité dans son jeu qui correspondait parfaitement à l'équipe de Guardiola. Quand il fallait amorcer le pressing haut sur lequel l'entraîneur a tant insisté, Pedro était sans doute le joueur le plus important de l’effectif. Pedro est un joueur de système, pas un joueur individuel, un joueur qui perce les lignes, un joueur aussi rapide et impliqué pour défendre que pour attaquer, capable de prendre de bonnes décisions et de faire courir la balle avec la vitesse. Implication, simplicité, efficacité.

Pedro dans ses oeuvres: https://www.youtube.com/watch?v=RrTHU3vr-ck

Son activité sur l'aile s’est toujours signalée par son intelligence et son sens de la finition. Il est calme, étudie les gardiens de but, et hésite rarement. Il. Il n’est peut pas être le footballeur le plus esthétique, mais il est remarquable de voir comment il "sautait aux yeux". Rapide, intelligent, alerte, quand l’occasion s’est présentée  à Tbilissi personne n’a été surpris qu’il soit encore une fois au bon endroit au bon moment, ni qu’il se soit encore une fois montré déterminant.  

Derrière des apparences calmes et polies il ne faudrait pas oublier la force de caractère, la détermination de ce joueur qui parle de ses coéquipiers aux noms ronflants comme des «rivaux» et qui s’est toujours battu pour prendre leur place. Quand il a fait ses débuts, il a mis sur le banc Thierry Henry. Samuel Eto'o était aussi dans cette équipe. Puis ce sont les Zlatan Ibrahimovic, David Villa et Alexis Sánchez qui ont débarqué. Pedro leur a survécu. A tous. Jusqu’à  tout récemment, Neymar et Luis Suárez.

Mais cette fois, c’est fini.

Que s’est-il passé cette fois-ci ?

En Février 2014, Pedro déclarait au Guardian (voir "Sources" ) : "Nous avons Alexis, Messi , Neymar. Une nouvelle signature, un autre grand nom, arrivera probablement cet été, mais je vais continuer », et il ajoutait : " Vous savez, il a toujours été difficile d’obtenir du temps de jeu ici ... [mais] je suis heureux des opportunités que je ai eu et de la façon dont je les ai obtenues ».

Dans cet entretien, il avait parlé du football comme étant avant tout un jeu d'équipe, de l’importance de conserver une attitude positive, en attendant des opportunités. Mais ensuite, il posait  deux ou trois choses qui dénotaient, soulignant qu'il n’allait pas se contenter d’une apparition de temps à autre : " Et si vous ne jouez pas, alors à la fin de la saison, vous analyser la situation et cherchez la meilleure solution. »

La saison dernière a été frustrante. Il y a bien eu les cinq buts en six matchs de la Copa del Rey, une compétition dont les premiers tours sont souvent l’occasion de faire jouer les remplaçants et les jeunes. Mais il n'a marqué que six buts en championnat, aucun en Champion’s. Il voulait plus d’opportunités, de temps de jeu mais cette fois-ci, il n’aura pas réussi à les obtenir et il n’y avait pas vraiment de quoi trouver à y redire. Personne ne pourrait soutenir que Pedro aurait dû être titularisé beaucoup plus souvent. Pas quand vous voyez avec qui il est désormais en concurrence et le niveau qu’il affichait

Mais qu'est-ce qui explique cet "effondrement"?

Il faut se souvenir que cette gestion du cas Pedro vient dans la continuité de la saison "Tata", durant laquelle malgré un retour en forme du joueur, il semblait inévitable de devoir aligner Fabregas ou Neymar, quelque soit les résultats, la forme du moment ou les résultats. Cette absence de compétition "saine", de turn-over qui permet au n°4 de l'attaque de se montrer, de jouer, de rester impliqué, de "se sentir important" est sans aucun doute possible ce qui a conduit Pedro à partir. C'est ce manque de "continuité" que le joueur pointe dans l'entretien accordé à Marca.

Cela ne veut pas dire qu'il ne sera pas regretté. Le club ne voulait pas qu'il parte, mais en privé, le board considère que les 27 M obtenus (+3 en bonus) sont un bon prix, d’autant plus qu'ils ne voulaient pas être perçus comme ceux qui poussaient ce joueur symbolique (et exemplaire) dehors. Luis Enrique sait qu'il aurait été utile, mais Pedro voulait être plus utile.

Dernièrement, le président du club Josep Maria Bartomeu décrivait Pedro comme " fondamental». La vérité, bien sûr, est qu'il ne l’est pas. Il a devant lui trois des meilleurs joueurs du monde, des hommes qui aujourd’hui définissent une équipe qui était il y a peu définies par ses milieux de terrain. Vous n’êtes pas choisi à la place de Messi, Neymar ou Suárez. Ce qui a sans nul doute finit de convaincre Pedro, c’est de voir que même sans Neymar, blessé, il n'a pas été choisi comme titulaire. S’il n’avait pas été sur le point de partir, ces choix l’y auraient poussé. Mais de toute façon il savait, et nous le savions tous, qu'une fois que Neymar serait de retour, Pedro retournerait sur le banc.

C’est là que nous retrouvons notre point de départ : Pedro était assis là, à Tbilissi, sans même vraiment attendre de rentrer sur le terrain. De son propre aveu, il était «en colère ». Pourtant, encore une fois, quand l’équipe a eu besoin de lui, le diable Pedro est sorti de sa boîte, une fois de plus décisif. Cette victoire arrachée à la 115e minute sonne comme une métaphore de sa carrière à Barcelone. Pas de flash, pas de glamour, pas de beauté, mais un autre but et un autre trophée. " Il est né pour des moments comme ça ",  déclarait Javier Mascherano après le match. "Merci Pedro ", titrait un journal. Un autre titrait : « Un super-héros nommé Pedro ».

Au moins Pedro part de la bonne manière. Il a tout gagné, part sur un dernier trophée collectif et s’est montré décisif une dernière fois. " Il le mérite ", a déclaré Andrés Iniesta (qui a facilité son départ). Lorsque l'équipe a recueilli le trophée, Pedro était légèrement écarté, penché au-dessus du balcon , le regard perdu dans ses pensées, mesurant peut-être le temps passé et la nécessité de partir pour se sentir « à nouveau important ».

 

 

Sur la base de : http://www.theguardian.com/football/blog/2015/aug/19/pedro-barcelona-lucky-chelsea-signing?CMP=share_btn_tw

 

Sources: http://www.marca.com/2015/09/03/futbol/seleccion/1441238188.html ; http://www.sport-english.com/en/noticias/barca/pedro-chelsea-want-feel-like-important-player-again-4452138 ; http://www.sport-english.com/en/noticias/liga-bbva/tenerife-club-raqui-san-isidro-set-for-pedro-windfall-4443619 ; http://www.sport-english.com/en/noticias/barca/lionel-messi-pedro-deserved-the-super-cup-winner-4425587 ; http://www.fcbarcelona.com/fr/football/equipe-premiere/detail/article/les-10-meilleurs-moments-de-pedro-au-fc-barcelone ; http://www.theguardian.com/football/2014/feb/16/barcelona-pedro-champions-league-manchester-city


Posté par Clément
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