Array Ibrahimovic ou la leçon retenue - FC Barcelona Clan

Chronique | Cruyff | lundi 7 septembre 2009 à 22:22  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Le transfert de l'attaquant suédois n'est pas qu'un simple échange d'images. Il suppose de modifier la dynamique d'une équipe "trichampion" pour intégrer le joueur. Et cela entraîne une plus grande motivation pour tous. C''était ce que Pep souhaitait.

Craindre le pire est quelque chose de très culé. Pour ce dernier, ce que tu viens de gagner et comment tu l’as fait lui est égal. Un nouveau cycle arrive, et de nouvelles craintes l’accompagnent. Toujours aussi nombreuses. L'une existait déjà l’an dernier : l’effectif est trop court. L’autre est de prédire, au 7 septembre, qu’Ibrahimovic fera moins bien qu’'Eto’o. Enfin, la dernière est la plus vieille de toutes : être dépassé par Madrid. Alors qu’il ne reste que trois rencontres pour que la majorité des équipes nationales sachent si elles se rendront ou non au prochain  Mondial, une question ne cesse d'attirer l’attention, celle de la possibilité que deux des principales références mondiales du football pourraient en être écartées : Leo Messi et Cristiano Ronaldo.
Le Portugal dépend déjà des autres. L'Argentine, au moins, dépend d’elle-même. Ces deux exemples démontrent une fois de plus une chose : que le football est un sport d’équipe. Et qu'en fonction de comment joue ton équipe, son style et les personnes qui la composent, un joueur brille plus ou moins. Le problème de l'Argentine n'est pas Messi. Son problème est que son style n’a rien à voir avec celui du Barça et que les joueurs avec qui Messi est associé sous l’un ou l’autre de ces maillots n’ont rien à voir également.
Cristiano Ronaldo n'échappe pas non plus à cette réalité. Au niveau club, Madrid n'est pas Manchester United, ni par sa façon de jouer ni par la composition de son effectif. Par conséquent, il faudra voir le degré d'adaptation du portugais à sa nouvelle maison. En d'autres termes, Messi peut jouer dans toutes les équipes du monde, il ne manquerait plus que ça, mais de façon certaine il n'aurait alors pas le même rendement qu’au Barça. Et Cristiano Ronaldo peut jouer lui aussi dans toutes les équipes du monde, fort heureusement, mais il ne sera pas déterminant dans toutes les équipes du monde.

Une plus grande polyvalence
Ceci est la simple constatation que ce qui compte n'est pas tant l'individu, aussi bon qu’il peut être, mais l'équipe dans laquelle il joue. Sa marque, son style et les éléments qui la forment sont ce qui la font aller vers le haut ou vers le bas. Ce constat me fait penser que le Barça et Ibrahimovic s’alimenteront mutuellement. Parce que le suédois augmente les options tactiques de l'équipe et parce que l'ensemble des éléments clés à l’origine de la marque Barça, qui se distingue tellement des autres, a été maintenu. Footballistiquement parlant, il existe une seule équipe qui lui ressemble : la sélection espagnole.
Et encore, le Barça a été obligé de se réinventer d’une certaine manière. Il y a trois ans, il ne l’avait pas fait après avoir gagné la Liga et la Champion’s à Paris. Après le triplé, la leçon a été retenue. Il fallait changer quelque chose, il fallait prendre une décision pour non seulement maintenir l'esprit dont l’équipe avait fait preuve, mais aussi une décision avec laquelle travailler dans ce qui avait trait au football lui-même. Et cela impliquait beaucoup. Le transfert du suédois a des répercussions sur toute l’équipe, gardien inclus. Valdés a un nouveau recours : dégager le ballon dans la longueur pour qu'Ibra lui donne vie. Il en est de même pour les défenseurs. Et ne parlons pas des milieux et de ses compagnons d’attaque.
Apprendre à s’associer avec le nouveau 9, à le connaître et à être connu de lui, implique que tous devront être très attentifs et vigilants car ils ne pourront répéter les mêmes automatismes que la saison passée. Ce qui paraît maintenant évident avec l’échange entre Ibrahimovic et Eto’o, Guardiola l'a déjà cherché, et trouvé, la saison passée. Je me réfère à cette touche, ces changements de tableau noir qui, tout en restant toi-même, te permet de donner une variante nouvelle à l’équipe. Pep l'a fait dans au Bernabéu et l'a répété en finale à Rome. Il a déplacé le camerounais à droite et Messi s’est alors mué en faux avant-centre, s’associant à merveille avec les Xavi et Iniesta, plus proches.

Davantage de possibilités
Avec Ibrahimovic, les variantes avec lesquelles travailler se multiplient. Par sa technique, il peut sortir pour recevoir et frapper dans le jeu court ; par son physique, il peut se battre sur toute la longueur ; par sa taille, on devrait voir augmenter d’un coup le nombre de centres. Par son physique, sa technique et sa taille, sa seule présence nécessitera l’attention d’un voir deux défenseurs. Sur les corners, cet effet libérera l’un de ses compagnons d’attaque. Nous avons pu le vérifier l'autre jour contre le Sporting Gijon. Les défenseurs étaient tellement attentifs, redoutant tellement le jeu de tête du suédois, que Keita a eu tout le loisir d’en profiter. En fonction de comment il entraîne son défenseur ou de comment celui-ci se déplace, et en fonction de où il reçoit le ballon et de comment il se détache de l’adversaire, qui lui fait face ou non, il apparaîtra alors plus ou moins d’espace pour ses partenaires d’attaque.

Motivation supplémentaire
La question n'est pas de se demander si Ibrahimovic marquera plus ou moins de buts qu’Eto’o parce que nous sommes devant deux joueurs de football différents. Il n’a pas eu de chance en arrivant blessé à une main. Il s’agit d’un problème minime. Il retrouvera sa forme physique très bientôt. La question essentielle est plutôt de savoir comment diminuer son délai d'adaptation. Et là tous doivent multiplier les efforts, pas seulement le nouvel arrivé. Pour beaucoup c’est actuellement un problème qu’Ibrahimovic ne soit pas synchronisé avec le reste de l’équipe, pour moi, cela est au contraire excitant. Le type est tellement différent d’Eto’o que, d’une certaine manière, c’est presque comme s’il commençait de zéro. Et ainsi, tous doivent être attentifs. Faire preuve d’une attention maximale. Après avoir tout gagné, c’est ce que Guardiola souhaitait.

Source: Las Claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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