Array FC Barcelone : superposition de 3 cycles pour une razzia de trophées - FC Barcelona Clan

Article | News | lundi 22 février 2016 à 16:38  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

L’année 2015 du FC Barcelone fut une nouvelle fois un grand cru avec 5 titres de plus au palmarès. 2016 semble partir sur les mêmes bases : respectivement 8 et 9 points d’avance sur les deux équipes de Madrid en championnat, en finale de copa contre le FC Séville et toujours en lice en ligue des champions avec un statut de favori légitime. Un nouveau triplé est tout à fait envisageable.

Cela peut paraître habituel et normal vu que cette équipe a tant gagné depuis maintenant 10 ans, mais l’un des pièges les plus communs avec le Barça est de tomber dans la banalisation de l’exploit. Or, il ne faut pas se laisser entraîner dans cette voie ; ce que réalise ce club depuis une décennie est absolument exceptionnel, du jamais vu dans l’histoire du football et on ne le soulignera jamais assez (certes le Real Madrid a remporté 5 ligues des champions consécutives et il est probable que personne ne reproduira jamais cet exploit, mais cela s’est produit dans les années 50 et de ce fait les contextes ne sont absolument pas comparables).


Certains diront que c’est « facile » de dominer le football quand on compte en ses rangs le meilleur joueur du monde et que l’on a une telle puissance financière et médiatique, et c’est partiellement vrai, mais ce n’est qu’une partie de l’explication. En réalité, le fait est que le FC Barcelone se trouve actuellement au cœur de 3 grands cycles qui s’entremêlent, un peu à l’image d’un alignement quasi parfait des planètes, pour donner naissance à l’équipe dévoreuse de trophées que nous pouvons observer actuellement.

- Cycle long : la philosophie de Cruijff.

Johan Cruijff fut un joueur emblématique du FC Barcelone dans les années 70, mais tout supporter blaugrana connaissant un minimum l’histoire du club sait que c’est en tant qu’entraîneur entre 1988 et 1996 qu’il a le plus apporté à l’institution, à tel point que 30 ans plus tard, chaque trophée remporté l’est en partie grâce à lui. Le « jeu à la Barcelonaise », basé sur la possession de balle, le jeu au sol, le redoublement de passes, le pressing et la technicité, l’indéboulonnable 4-3-3, l’importance donnée aux jeunes de la Masia qui apprennent dès les premières catégories d’âge à jouer selon cette philosophie, tout cela, le club le doit à Cruijff dont les 8 années passées en tant qu’entraîneur ont été un tournant décisif dans l’histoire du Barça avec comme point d’orgue la première victoire en ligue des champions en 1992.

Cette base désormais inaliénable du Barça moderne est une garantie, un acquis, un repère sur lequel les équipes successives peuvent s’appuyer pour maintenir un certain niveau de jeu, un « minimum syndical », même dans les périodes moins fastes inhérentes à tous les clubs quels qu’ils soient.

- Cycle moyen : l’héritage de Guardiola et la génération dorée.

Fils spirituel de Cruijff et pièce maîtresse de la Dream Team de ce dernier, Pep Guardiola devient entraîneur du FC Barcelone en 2008 alors qu’il n’a qu’une seule année d’expérience à la tête de l’équipe B. Avec le succès que tout le monde connait. En reprenant la base laissée par Cruijff et en l’amenant à un stade supérieur, il a amené le club sur le toit du monde pendant 4 saisons avec à la clé une multitude de trophées remportés, le titre officieux de meilleure équipe de l’histoire et un niveau de jeu qui a parfois (souvent) atteint des sommets irréels.

Mais Guardiola a offert bien plus que ça au club catalan : comme tout grand entraîneur, à son départ il a laissé un héritage, une empreinte sur l’équipe qui demeure encore aujourd’hui. Il a également légué au club la culture de la gagne, chose qui n’était pas forcément évidente auparavant. Le Barça actuel s’appuie encore à un certain degré sur les souvenirs de cette période, d’autant plus qu’une bonne partie des cadres sont toujours présents : Messi, Iniesta, Busquets, Alves, Piqué,… Certains de ces joueurs sont maintenant à l’apogée de leur carrière tandis que les autres ne sont pas encore trop sur le déclin. Une telle génération de cracks est évidement une aubaine pour tout entraîneur mais Guardiola n’a-t-il pas une part de responsabilité dans l’excellence atteinte par ses joueurs ? Poser la question c’est y répondre…

- Cycle court : la MSN et l’apport de Luis Enrique.

Après le départ de Guardiola et deux saisons mitigées marquées par le cancer de Tito Vilanova et la trop grande prise de pouvoir du vestiaire (avec néanmoins à la clé une liga remportée à 100 points, preuve des immenses qualités de cette équipe et des bases solides sur lesquelles le club s’appuie), le temps du changement est venu et c’est dans ce contexte que Luis Enrique reprend le Barça avec à la clé un remaniement partiel de l’effectif. L’Asturien reste évidemment fidèle à la philosophie du club mais y apporte sa touche personnelle : un jeu plus direct pour en finir avec les phases de possession stérile des saisons précédentes et profiter des qualités de contres de ses attaquants, des recrues à fort caractère qui apportent un vent de fraicheur et une grinta bienvenue, une équipe au top physiquement en fin de saison et épargnée par les blessures, et une préférence pour les joueurs d’expérience, fiables et capables d’amener des résultats immédiats. Il peut également et surtout compter sur ce qui est probablement la meilleure attaque de l’histoire : Messi - Suarez - Neymar.

Le Barça de Luis Enrique ne propose pas un jeu aussi fin et léché que celui de Pep, il ne donne pas la même sensation de toute-puissance, il ne donne pas l’impression d’être infiniment supérieur à son adversaire, mais il faudra voir dans quelques années, à la fin du cycle de Lucho à la tête de l’équipe, si ce Barça n’est pas malgré tout plus dangereux encore, non pas parce que Luis Enrique est meilleur coach que Guardiola, mais parce qu’il peut compter sur un trio offensif inégalable et sur l’héritage de son prédécesseur.

- La fusion des 3 cycles.

La philosophie de Cruijff et les bases qu’il a posées, l’héritage de Guardiola et de sa génération dorée, la touche apportée par Luis Enrique et le trident offensif qui fait trembler toutes les défenses d’Europe, ces 3 grands cycles qui s’entremêlent pour l’instant parfaitement donnent une équipe pleine de certitudes, convaincue de la légitimité de son football, qui a appris à gagner encore et encore, mais aussi à se relever après une chute, et qui semble prête à réaliser une nouvelle saison historique. Une équipe qui semble destinée à remporter encore de nombreux trophées dans les années futures.

- Vers quel avenir ?

Mais pour autant tout n’est pas rose dans le ciel blaugrana. En effet, Luis Enrique s’appuie sur des joueurs d’expérience et a une vision essentiellement basée sur le court terme. Cela porte ses fruits actuellement mais à l’inverse d’un Guardiola, il ne semble guère s’intéresser à l’avenir, à l’héritage qu’il laissera en quittant le club. Il a tendance à négliger un aspect qui est pourtant primordial dans l’institution FC Barcelone : l’utilisation des jeunes formés au club. À cause de cette propension à privilégier les joueurs d’expérience au détriment des jeunes de la Masia, le club a déjà perdu un grand espoir en la personne de Grimaldo, parti au Portugal trouver du temps de jeu. D’autres masians en manque de considération pourraient suivre comme Samper ou Bartra (qui a pourtant 25 ans maintenant).

Il ne faudrait pas que les jeunes pépites du Barça se découragent de cette situation, sans quoi c’est tout le mode de fonctionnement du club qui serait mis en péril. Sans oublier le risque de se retrouver avec une équipe de vieillards comme ce fut le cas pour le Milan AC fin des années 2000. Il serait regrettable de payer dans les années à venir les conséquences d’une gestion « courtermiste ». Plus que de gagner des titres, il est bel et bien là le plus grand défi de Luis Enrique à la tête du FC Barcelone : trouver l’équilibre entre le profit immédiat et la vision à plus long terme…

 

Ecrit par : Lord Oneill


Posté par Aimar
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