Array Cruyff : « Avec Neymar, il faut vendre Messi » - FC Barcelona Clan

En Une | Cruyff | mercredi 26 juin 2013 à 22:09  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Après une partie de golf et une paella avec quelques amis, Johan Cruyff s'installe avec un journaliste de Marca pour répondre à une série de questions portant sur divers sujets. L'un des plus grands entraîneurs de l'histoire du football revient sur la saison écoulée du Barça, la Messi-dépendance de l'équipe et sur le transfert de Neymar en Espagne...

« Il y a des choses qui se passent que nous ne savons pas »

 

Une nouvelle saison et une nouvelle Liga pour le Barça. C'est de plus en plus simple non ?
Relativement simple, mais il fallait s'y attendre. Après tant d'années à parler de Pep, les joueurs avaient une motivation supplémentaire pour bien faire sans lui. Et cela se remarque, par dessus tout, lors de la phase aller de Liga (historique avec 55 points sur 57 possibles, ndlr). Ils voulaient démontrer que ce n'était pas seulement Pep, mais qu'eux aussi étaient impliqués dans les succès et que ceux-ci étaient le résultat d'un travail commun. C'était un peu logique.

Pourquoi la saison passée l'équipe n'a-t-elle pas eu le rendement espéré contre les grandes équipes ?
C'est la faute à beaucoup de détails qui ont coïncidé, pas un seul parce qu'un seul peut être corrigé. Mais c'est un élément à prendre en compte et à corriger en vue de la saison prochaine. Cela ne doit plus arriver.

L'un de ces détails était-il le manque de pressing ?
Oui, la baisse d'intensité, de ce pressing, c'est parce qu'ils jouaient différemment. C'était un des changements par rapport au football de Guardiola. Cependant, on ne peut pas dire que l'équipe avait ce problème en début de saison parce que tout allait bien à ce moment-là.

La Messi-dépendance s'est-elle accentuée cette année ?
Je n'ai pas ce sentiment. En premier lieu si vous avez un joueur avec la qualité de Messi, automatiquement vous êtes Messi-dépendant. Quand il est absent vous devez tester d'autres choses pour répondre à cette absence et ça a été le cas. Le mot dépendance est un peu péjoratif pour le reste de l'équipe et ce n'est pas juste parce que les autres travaillent de façon à ce que Messi puisse faire ce qu'il fait. C'est pour cela qu'il y a une telle différence entre le Messi du Barça et celui de l'Argentine.

L'équipe est arrivée avec beaucoup de soucis physiques en fin de saison. Pensez-vous que les minutes ont été bien réparties ?
C'est très facile de juger avec le recul. La presse est toujours à la recherche d'un coupable parce qu'il est plus facile de cibler une personne et de sauver les autres. Nous savons tous qu'il y a beaucoup de matchs. En ce moment il y a la Coupe des Confédérations, qui se joue pendant que certains clubs commencent leur pré-saison. Et à la fin de la saison prochaine, il y a le Mondial, qui présente les mêmes caractéristiques. Certains joueurs sont en train de payer quelques années de football à très haute intensité et ce n'est pas fini.

Il semble que Messi et Cristiano Ronaldo ont été très égoïstes de vouloir jouer tous les matchs et de penser plus à eux qu'à leur équipe. Êtes-vous de cette avis ?
Sans être à l'intérieur, c'est difficile de juger cela. Les deux sont de bons joueurs et les deux veulent jouer tous les matchs. Au fond, cela les honore.

Quel a été le plus déterminant contre le Bayern, le mauvais état de santé de Messi ou celui de Busquets ?
Naturellement celui de Messi parce que le Barça n'a marqué aucun but et qu'habituellement, Messi inquiète les défenseurs. Mais si on voit le jeu en lui-même, si on pouvait supprimer les buts, le plus déterminant est Busquets parce que son jeu est une des bases du Barça. Ne pas marquer un but peut provenir de différents détails comme ne pas avoir suffisamment le ballon en possession et au final c'est un travail de groupe, d'équipe.

Comment pensez-vous qu'a été gérée la maladie de Tito ?
Si quelqu'un est malade, sa maladie est plus importante que le reste. Le football est une bonne chose et peut apporter beaucoup, mais le plus important est de penser à soi. Et les autres aussi doivent penser à cette personne, à sa famille et à tous ses proches. Je ne sais pas comment il était, mais de l'extérieur, je pense que si quelqu'un est malade il faut lui donner le temps pour qu'il récupère. Dans un club, l'une des choses les plus importantes est l'entraîneur. Surtout dans l'équipe première. Si vous gagnez tout, le club va bien. Mais si vous perdez, tout est négatif.

Le Bayern a-t-il volé la place de numéro un au Barça ?
Souvent, ici, l'analyse est très simple : si tu gagnes tu es le meilleur et si tu perds tu es le moins bon. Je t'ai déjà dit qu'un club qui atteint trois finales de Ligue des Champions sur quatre est parmi les meilleurs. Oui, ils ont perdu deux fois, mais personne n'a réussi à atteindre la finale trois fois. Il semblerait que comme ils n'avaient pas encore gagné le titre, personne ne tenait compte du potentiel du Bayern. De plus, ce club a une organisation différente de 90% des autres clubs : il est dirigé par des sportifs avec une expérience énormissime. Sa structure est un exemple pour tous les clubs.

Dans cette fin de saison, ne pensez-vous pas que l'absence de Puyol a été préjudiciable ?
Sans aucun doute, dans le vestiaire l'absence d'un joueur comme Puyol est un problème. Surtout avec la pression qui existe, dans la vie du groupe et au moment de prendre des décisions importantes.

Que peut apporter Neymar ?
Il faut attendre. Il a de la qualité, mais il faut voir comment il se comporte dans l'équipe. Et ça, c'est un problème. Mais c'est un joueur capable d'apporter du danger seul. Sa qualité le lui permet. Il y a d'autres joueurs qui ont d'autres qualités mais la sienne c'est de créer du danger et des actions de but. C'est aussi celle de Messi.

Tout le monde dit qu'il ne s'entendra pas bien avec Messi. Vous même l'avez annoncé il y a quelques semaines.
Souvent tu fais un commentaire et on le déforme avec sa propre façon de penser. Ils écrivent ce qu'ils pensent eux, pas ce que je dis. Et à partir de là naissent des débats pour savoir si je suis contre Rosell ou des choses comme ça. C'est quelque chose d'absurde parce que si j'ai une opinion, je l'exprime et si je crois que ce serait mal, je ne le dis pas pour que ce soit un ennemi. Je le dis parce que je le pense. Je donne mon opinion, en ce sens, je n'ai pas d'ennemi. 

Que le père de Neymar ait pu toucher 40 millions d'euros dans le transfert peut-il créer des tensions dans le vestiaire ? La quantité d'argent qu'il va toucher ?
C'est quelque chose dont on ne sait pas encore si ça va arriver, mais cela peut arriver. C'est comme la question des coups francs. Neymar les tire très bien. Et Messi a déjà démontré au Barça qu'il était très bon également. À partir de maintenant, qui va les tirer ? Ou Neymar qui comme le Barça est sous contrat avec Nike ou Messi qui est avec Adidas. Neymar est un grand joueur, tout comme Messi. Ce sont deux joueurs qui ont beaucoup de qualités en commun et il faut voir s'ils arrivent à s'entendre. Ce sont des situations qui peuvent créer des problèmes et j'ai toujours été partisan de ceux qui veulent éviter les situations qui peuvent aboutir en conflits.

Pour éviter ces conflits, il aurait été possible d'acheter Neymar et de vendre Messi. Êtes-vous d'accord ?
Avec l'achat de Neymar, j'aurais réfléchi à la possibilité de vendre Messi. Certains seraient d'accord avec cette idée et d'autres non. Parce qu'on est en train de parler d'une équipe, de ses joueurs, de tout son entourage, de ses intérêts... Il y a beaucoup trop d'éléments qui entrent en jeu. C'est pour cela qu'il est si difficile de diriger une équipe avec tant de qualité, il y a très peu de gens capables de faire cela.

Ce conflit est dans tous les esprits après ce qui s'est passé avec Ibrahimovic, Villa, Bojan et Eto'o qui ont quitté le club. Cela peut-il se reproduire ?
Comme vous le présentez, il semblerait que Messi soit un dictateur. Quand tu as la possiblité d'être le meilleur à chaque match tu dois être un peu un dictateur, parce qu'il ne s'agit pas que de l'équipe mais aussi du statut de numéro un et du prestige. En ce sens, la pression qu'il y a sur Messi est énorme parce que tous ceux qui vont le voir veulent voir des merveilles. Et pour qu'il y ait des merveilles les choses doivent marcher comme il faut. C'est quelque chose de logique parce que tu es au-dessus du reste et si les choses ne se passent pas bien, le premier qui va le payer c'est toi. C'est le problème lorsqu'on est le numéro un, faire avec ça, ça veut dire être très exigeant avec toute ton équipe. Sur comme en dehors du terrain.

D'accord, si cette paire fonctionne elle sera terrifiante.
Sans aucun doute. C'est pour cela qu'il faut attendre, les choses peuvent bien se passer comme elles peuvent mal aller. C'est un risque.

Auriez-vous pris ce risque ?
Moi non, c'est pour cela que je n'aurais pas acheté Neymar.

Que pensez-vous de l'annonce de Valdés au sujet de son départ ?
Il faut se demander pourquoi il veut partir. C'est comme avec Guardiola. Il y a des choses qui se passent que nous ne savons pas, mais c'est surprenant qu'il veuille partir.

C'est une décision qui a pris le club à contre-pied, ne pensez-vous pas ?
Il l'a dit en janvier. Il s'est passé six mois depuis. Je pense que Valdés a été honnête et direct avec le club. Il ne l'a pas annoncé en mai. Il ne s'est pas mal comporté, il a dit qu'il ne souhaitait pas prolonger et c'est tout. Et il a accepté les deux options : si le club veut qu'il reste pour sa dernière année de contrat, il reste ; ou il part si le club veut le vendre pour acheter un autre gardien. Víctor a bien fait les choses, je ne vois rien de mal en ça.

Que pensez-vous de la situation de Thiago ? Pensez-vous qu'il a été mis sur le marché pour 18 millions d'euros ?
Ici les gens peuvent penser ce qu'ils veulent, qu'ils le fassent exprès ou non. Le problème se situe dans le système espagnol, dans lequel si tu as un contrat avec l'équipe première tu ne peux que jouer dans celle-ci. À partir de là, la philosophie du club s'adapte. Il doit prêter, vendre, miser sur un joueur plus jeune ou ce qu'il pense être le plus approprié. Maintenant le Barça a Xavi, Thiago attend et derrière vient Sergi Roberto. Le moment est arrivé de prendre une décision. C'est comme lors d'une partie d'échecs, il faut se mouiller.

Que recommanderiez-vous ?
Cela dépend de comment sont les choses à l'intérieur. Si réellement il a peu de chances de jouer, il doit partir. Si ils lui disent qu'il va jouer, il doit rester. Ce n'est pas si facile. Thiago a de la qualité et du temps devant lui parce qu'il est jeune. N'importe quelle décision sera bonne.

Ce n'est pas le seul cas, il y a actuellement beaucoup de jeunes qui n'ont pas de place en équipe première et qui doivent partir. C'est une situation préoccupante ?
Le Barça est à un très haut niveau. Il faut se demander si ceux qui s'en vont ont ce très haut niveau. C'est une chose qu'on ne sait pas encore, il faut le démontrer. Les gens qui prennent les décisions doivent permettre au joueur de s'améliorer et plus tard de le récupérer. S'il ne joue pas, il ne s'améliorera pas et donc il faut chercher une équipe qui joue de la même façon que le club pour qu'il y aille.

Est-ce que le fait de ne pas avoir acheté de défenseur central l'année dernière a été une erreur ?
La sélection U21 a eu trois défenseurs du Barça (lors de l'Euro espoirs remporté il y a quelques jours, ndlr). Ce n'est donc pas ça qui manque. Ce qu'il faut se demander c'est s'ils sont suffisamment bons ou non. Il leur manque de l'expérience, mais s'ils ne jouent pas ils ne l'auront jamais. C'est l'entraîneur qui doit juger de ces choses-là parce que sans confiance ils n'y arriveront pas.

Bartra a passé l'année sur le banc et a dû jouer titulaire contre le Bayern. N'est-ce pas une contradiction ?
Et il a été l'un des meilleurs avec les U21. Peut-être qu'il faut le prêter un an parce qu'il n'est pas prêt, mais il faut prendre ce genre de décisions. Les prêts ne sont pas faits pour se séparer d'un joueur, ils sont là pour qu'il puisse prendre du rythme et qu'il progresse.

Avez-vous été surpris par le fait qu'Abidal ne reste pas au Barça ?
En regardant les journaux, il semblait qu'il devait prolonger mais finalement ce ne fut pas le cas. Il s'agit de valeurs humaines importantes et pour un club comme Barcelone, qui a passé tant d'années avec Unicef, c'est une mauvaise action. Il avait toute l'équipe avec lui. Ils lui ont donné la coupe pour qu'il la soulève à Wembley et cette saison en Liga ils ont tous mis Tito et lui en avant.

Ainsi se termine la première partie de l'entretien entre Johan Cruyff et le journaliste de MARCA. Dans la seconde partie, « le Hollandais volant » abordera le Real Madrid, la Roja mais aussi Pep Guardiola...


Source: MARCA

Posté par jAX
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