Array Ce que la signature d'Arda Turan nous dit des choix de Luis Enrique - FC Barcelona Clan

En Une | Luis Enrique | dimanche 26 juillet 2015 à 23:05  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Invité surprise de l'été, le choix du Turc soulève des questions légitimes quant à la place d'Iniesta, au devenir des jeunes issus de la Masia et du projet de jeu envisagé. Mais en y regardant de plus près, cette signature révèle aussi de vraies informations sur l'équipe que forge Luis Enrique, son projet de jeu et sa gestion du collectif. Analyse.

Un des motifs récurrents depuis l'arrivée surprise d'Arda Turan à Barcelone cet été est l'insistance avec laquelle Josep Maria Bartomeu a affirmé que la signature du Turc était la volonté expresse de Luis Enrique. Bien que Bartomeu ait certainement insisté sur sa relation avec le coach triplement vainqueur pour obtenir un avantage politique, on peut supposer qu'Arda était sur la liste de Luis Enrique. Après tout, Bartomeu aurait été bien téméraire d'aller contre la volonté de l'homme qui lui a rapporté trois titres au moment où il en avait le plus besoin. De plus, la moindre déclaration contradictoire de Lucho aurait mis gravement en danger les chances de l'actuel président en vue d'une réélection.

Si on est sûr que tous les joueurs présents dans le collectif pour la saison prochaine le sont avec le consentement de l'entraîneur, que nous dit la signature d'Arda Turan de l'équipe que Luis Enrique est en train de construire ?

L'expérience et la polyvalence

Luis Enrique a maintenant signé neuf joueurs depuis sa prise de fonction à la tête de l'équipe première de Barcelone. Sept si nous retirons Douglas Pereira, joueur qui a de toute évidence peu à voir avec les aspects sportifs de la vie du club et Ter Stegen, choix de Zubizarreta.

Les choix de "Lucho" : Bravo, Mathieu, Rakitic, Suarez, Vermaelen et, cette saison, Vidal et Turan.

Dans ces choix se dégagent certaines constantes.

Tous ont 25 ans ou plus  et cinq sont venus directement de La Liga - Arda Turan, Aleix Vidal, Jérémy Mathieu, Claudio Bravo, et Ivan Rakitić. Barcelone est traditionnellement un club auquel il est très difficile de s'adapter, Alexis Sanchez en est la meilleure illustration dans l'histoire récente. La signature de joueurs expérimentés ayant un vécu en Espagne leur permet de se fondre dans le collectif facilement avec une période d'adaptation très courte, comme Rakitić, Bravo, et Mathieu l'ont démontré cette saison.

Arda s'inscrit également dans la droite logique du joueur "à l'image de  Luis Enrique". A l'instar de Rakitić et Luis Suárez, lorsqu'il a le choix, l'Asturien privilégie certaines caractéristiques : il cherche des joueurs à la fois physiques, créatifs, combatifs, tout en ayant l'aisance technique nécessaire pour être aligné au Barça. Même Mathieu s'inscrit dans ce cadre - il est certainement un cran en dessous dans l'utilisation du ballon, mais ses caractéristiques physiques ont donné à la défense du Barça une nouvelle dimension.

Ces joueurs ont également en commun le fait d'être capables de jouer à plusieurs postes, en fonction des blessures, suspensions ou choix du coach. Mathieu et Vermaelen peuvent à la fois jouer au centre ou à gauche de la défense, Vidal peut jouer en tant que défenseur, milieu de terrain ou ailier, Suárez comme attaquant ou ailier, et Rakitić partout où vous avez besoin de lui. Turan, pour sa part, remplit deux besoins : il sera évidemment une alternative à Andrés Iniesta au milieu de terrain, mais il fournit également une possibilité un cran plus haut, à droite ou à gauche. Avec l'arrivée du Turc, Luis Enrique ne se contente donc pas de renforcer le milieu de terrain, il se prémunit des baisses éventuelles d'un Pedro ou d'un Munir si quelque chose arrive à l'un des "MSN" .

Des options, toujours des options...

 

Plus de physique, plus de risques

L'équipe de Luis Enrique de la saison dernière n'a pas été sans nous rappeler l'Atlético de Madrid de Diego Simeone version 13/14. On y a retrouvé la même férocité sur le terrain et l'état d'esprit "un match après l'autre". De ce point de vue, il est donc parfaitement logique que Luis Enrique se tourne vers l'Atlético de Madrid pour y puiser certains joueurs. Comme chaque joueur de Simeone, Arda est discipliné et a la mentalité d'un guerrier et, bien que ce ne soit pas énorme, il est six centimètres et sept kilos au-dessus d'Andrés Iniesta.

Turan a été décrit comme le remplacement parfait d'Iniesta en raison de sa capacité à dribbler, mais en réalité Don Andrés n'a guère dribblé cette saison. Il a joué un rôle beaucoup plus conservateur, il a assuré le réglage du tempo en l'absence de Xavi et a du faire des sacrifices défensifs pour que d'autres puissent aller de l'avant. Cela était en partie tactique, mais peut-être aussi en raison du fait que Luis Enrique n'a pas cru qu'Iniesta avait la force physique pour récupérer le ballon s'il le perdait après un dribble. Ainsi, s'il peut paraître étrange que Luis Enrique n'ait pas cherché à recruter un chef d'orchestre, c'est peut-être que cette saison le physique et le volume de travail du Turc peut libérer le Don et lui permettre de prendre plus de risques balle au pied.

Cette liberté retrouvée pour Andrès Iniesta offrira en retour plus d'options au collectif. Parce que même si le système que Luis Enrique a travaillé a son charme et s'est révélé efficace, il faut dépasser la simple lecture du palmarès et admettre qu'il était fragile, ce que révèle bien la réticence de l'Asturien à procéder à des changements lors des grands matchs. Il en est même carrément arrivé à renoncer à aligner Xavi et Iniesta ensemble, apparemment par crainte de perdre l'ascendant dans l'entrejeu.Non seulement ce choix brisait le célèbre duo, mais cela enlevait l'option tactique d'aligner 4 joueurs au milieu de terrain - la seule fois où cette option a été tentée, contre Séville, ça a été un désastre. Il n'a pas non plus remplacé Iniesta par Rafinha ou Javier Mascherano, aucun des deux n'apportant les garanties pour maintenir le contrôle de l'entrejeu. Arda Turan, de par son physique, sa technique et sa maitrise, permet soit de remplacer Iniesta, soit Rakitić, ou même de les rejoindre dans un milieu de terrain à quatre, sans mettre à mal l'équilibre de l'équipe.

Laisser de la place aux jeunes

Alors que l'arrivée d'Arda Turan rend inévitablement encore un peu plus dur le défi pour les jeunes milieux de terrain du Barça, Luis Enrique laisse tout de même beaucoup de place à Rafinha et Sergi Samper. La signature d'un joueur de 28 ans signifie que Turan pourrait, devrait être éliminé dans deux ou trois saisons, contrairement aux jeunes joueurs comme Koke de l'Atlético ou Marco Verratti de Paris Saint-Germain, qui pourraient potentiellement verrouiller un poste pour six ou sept années. Arda n'a pas non plus exigé une place de titulaire. Son indemnité de transfert n'implique pas non plus un impératif de ce côté-là, contrairement aux montants annoncés pour Paul Pogba. Le Turc vient ici avec l'espoir d'être un joueur de soutien et la volonté de se battre pour sa place, pas pour être salué comme l'avenir du milieu de terrain du Barça.

Il faut néanmoins reconnaître que de ce point de vue Sergi Samper est moins sous la menace que Rafinha, car il a seulement 20 ans et joue un rôle sensiblement différent de Turan - on pourrait d'ailleurs interpréter la décision du Barça de ne pas signer un meneur de jeu pour remplacer Xavi comme un signe de confiance envers le jeune Catalan. Rafinha, pour sa part, est plus directement mis en danger par l'ancien homme de l'Atlético. Les deux ont des styles très similaires, un mélange de puissance physique et de capacité de dribble, et tous les deux sont à l'aise au milieu de terrain ou sur l'aile. En outre, à 22 ans, et avec un contrat qui expire l'été prochain, Rafinha approche de l'heure où il doit soit s'imposer dans la première équipe, soit continuer sa carrière ailleurs.

Mais Luis Enrique est particulièrement proche du jeune Alcántara. Il lui a offert ses débuts en équipe B en 2011 puis ils ont partagé l'expérience Celta Vigo. Une fois nommé au Barça, Luis Enrique a demandé le retour de Rafinha.

Lucho est également un compétiteur né et un triathlète. Lui imposer Arda Turan est peut-être sa façon d'encourager Rafinha et de le mettre au défi. Regardons en arrière. Sergio Busquets a eu Yaya Touré, Andrés Iniesta, Deco, Xavi, Pep Guardiola... Tous ces jouers devenus incontournables ont mérité leur place, tous l'ont obtenus par la qualité de leur performances, leur engagement. Ces stars n'ont pas été vendues par peur de bloquer les canteranos mais parce que ces jeunes joueurs parvenaient à s'imposer.

Steven Gerrard raconte une anecdote intéressante dans son entrevue avec Rio Ferdinand le mois dernier: "J'avais mes héros Jamie Redknapp et Paul Ince devant moi dans la hiérarchie... mais j'avais une mentalité de battant et je voulais aller contre eux, je voulais être leur concurrent dans l'effectif. Donc, dès le début, je ne les voyais pas tant comme des coéquipiers que comme des types qui avaient la main sur quelque chose que je voulais." (l'intégralité de l'entretien ici: http://www.dailymail.co.uk/sport/football/article-3136408/Steven-Gerrard-Q-Rio-Ferdinand-departing-legend-kissing-camera-Manchester-United-snubbing-Jose-Mourinho-Liverpool-blew-title.html#ixzz3fSq7eKrw )

Le problème avec les jeunes sortis de la Masia récemment n'est pas à chercher du côté du manque de talent, mais peut-être plutôt du côté de l'état d'esprit, cet état d'esprit décrit par Gerrard et dont ont sû faire preuve leurs illustres aînés. Avec des joueurs comme Gerard Deulofeu et Martin Montoya, nous avions le sentiment qu'ils n'avaient pas cette volonté, cette "cruauté", cette détermination qui pousse à faire tout ce qui est nécessaire pour gagner leur place. En signant Arda Turan, Luis Enrique a certes clairement fait savoir qu'il ne sacrifiera pas la force de son équipe par déférence pour les jeunes. Mais il a aussi mis en face de Rafinha un vétéran plutôt qu'un jeune de son âge, quelqu'un dont il pourra apprendre et - éventuellement - essayer de supplanter.

 

Sources: http://www.totalbarca.com/2015/opinion-pieces/what-arda-turans-signing-says-about-luis-enrique/http://www.totalbarca.com/2015/opinion-pieces/arda-the-last-piece-to-the-jigsaw/http://www.barcablaugranes.com/2015/7/8/8911129/arda-turan-transfer-barcelona-electionshttp://www.barcablaugranes.com/2015/7/13/8949075/regardless-of-new-president-luis-enrique-now-a-powerful-figure-at


Posté par Clément
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