Array Abidal : « Ce qui me manque le plus ? Le vestiaire » - FC Barcelona Clan

En Une | Eric Abidal | jeudi 17 mars 2016 à 17:35  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Pour Éric, passer par un cancer a eu un grand impact sur lui. Mais en réalité, la clé de tout ceci était déjà présente : Abidal a toujours été un battant qui, après avoir vaincu la maladie, profite désormais de la vie avec son dernier enfant, Kenya. 5 ans après l'annonce de sa tumeur au foie, l'ancien défenseur du Barça se confie.

Cela fait cinq ans que ta tumeur au foie a été rendue publique. En quoi as-tu changé depuis ?

J’ai beaucoup appris, surtout sur moi-même : prendre confiance en moi et dépasser mes limites. Quand on est malade, on pense d’abord à toutes les choses que l’on ne peut pas faire. Avec l’aide de Dieu, je peux désormais y goûter de nouveau.

Quelle partie de toi as-tu découvert pendant le traitement ?

Je crois qu’à partir de ce jour, mon côté « battant » a pris encore plus d’ampleur. Et je le suis toujours aujourd’hui pour aider les gens qui passent par quelque chose de semblable à ce que j’ai vécu. Il faut essayer d’être un exemple pour les personnes qui souffrent comme on a pu souffrir nous même. Et essayer d’aider ces personnes te rend plus fort.

Durant toutes ces années, y a-t-il eu plus de gens qui t’on déçu ou qui t’ont surpris positivement ?

Je ne le vois pas comme ça et je ne me focalise pas vraiment sur cet aspect. Il y a des gens qui sont là quand tu as besoin d’eux, et d’autres non. Pour moi, le plus important est le partage.

Jusqu’à quel point la possibilité de redevenir compétitif t’a aidée ?

Le sport a été un facteur clé du point de vue mental. Il m’a beaucoup aidé et grâce à lui, je me suis rendu compte que je pouvais réussir des choses que je croyais impossibles. Je ne cache pas que ma famille a aussi joué un grand rôle.

Est-ce que le temps t’a aidé à comprendre la décision de Barcelone ?

La décision était ce qu’elle était et je devais l’accepter. Et en plus, je ne peux rien reprocher puisque j’ai terminé mon contrat. Pour moi, le mieux était de me dire précisément ce que l’on comptait faire de moi : « Tu as un cancer, une tumeur, on ne compte pas sur toi pour la saison qui arrive ». Je préfère cela plutôt qu’une simple phrase du type « c’est une décision purement professionnelle ».

La décision a été dure à accepter ?

Je le devais parce que c’était ce que le club voulait. La direction décide, c’est comme ça. Mais je n’ai aucun problème avec ça. Je sais bien que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut.

Aujourd’hui, c’est Johan Cruijff qui lutte contre un cancer. Que pourrais-tu lui dire ?

Je lui ai envoyé un message et c’est sa femme qui m’a répondu parce que je crois qu’il n’a pas de téléphone portable.

Tu lui as dit quoi ?

Que je lui apportais mon soutien et que je savais ce que ça faisait, ce qu’il ressentait, et qu’il devait se battre. On sait que c’est quelqu’un de vaillant, et dans ce monde tout est possible.

Une fois, tu avais dit que Dani Alves était prêt à te donner son foie. C’est le joueur avec lequel tu te sens le plus proche dans le vestiaire du Barça ?

Mon amitié avec Dani est différente que celle que j’ai avec les autres. Mais j’ai de bonnes relations avec les joueurs et les gens de manière générale. C’est vrai que durant ce temps, il y avait quelques joueurs qui étaient plus proches, mais pour être honnête, toute l’équipe m’a manqué. Et tout le monde s’est bien comporté avec moi : les joueurs, le staff, les docteurs… Grâce à eux et ma famille, j’ai pu aller de l’avant. Parce que le Barça est plus qu’un club, non seulement sur le terrain, mais aussi dans le vestiaire.

Qu’est ce qu’il a de spécial, ce groupe ?

Chacun se voit comme un frère. Quand il y avait un problème, c’était la même chose. On se comportait comme des frères et Tito était comme un père. Sur le terrain, chaque joueur se bat pour lui-même, mais aussi pour le coéquipier. Et le geste de Puyi en finale de Ligue des champions démontre bien ce que l’on est avant tout : une famille.

Y a-t-il une scène qui n’a jamais été révélée et qui t’a particulièrement marquée ?

Non, non… Comme le disait Xavi, dans ces moments, c’était moi qui amusait les autres ! Plus sérieusement, beaucoup de gens m’ont rendu visite. Mais l’un des gestes qui m’a le plus marqué est sans aucun doute la venue du président du PSG. Je ne le connaissais pas mais il est venu jusque chez moi à Barcelone, et il a prié dans ma chambre. Il m’a dit beaucoup de bonnes choses et c’est un moment qui restera très longtemps dans ma tête, j’en suis certain.

D’où te vient ce caractère combattif ?

De quand j’étais enfant. Durant cette période, il se passe beaucoup de choses non seulement par rapport au sport, mais aussi dans ta vie personnelle.

Tu peux développer ?

Mes parents, principalement. J’aimais beaucoup jouer au foot et je n’aimais pas perdre. J’étais comme ça. Mais à l’école, quand je ramenais de mauvaises notes, ils insistaient pour que je n’aille pas jouer car ils voulaient que je travaille. Au final, ça te rend plus fort et le sport t’aide aussi en cela.

Ils étaient liés au monde du sport, même de manière indirecte ?

Non, ils n’avaient rien à voir avec cet environnement. Ils travaillaient avec des enfants.

Ils étaient éducateurs, professionnels ?

Non, ils travaillaient dans un hôpital. Ma mère était infirmière et mon père travaillait dans le domaine nutritionnel pour les enfants.

Que te reste-t-il de leur éducation ?

Je crois qu’ils m’ont surtout montré le bon chemin. Il y a aussi le fait de respecter les autres et partager le plus de choses possible.

On dit parfois que les joueurs vivent sur un nuage. La maladie a-t-elle guéri cela ?

Non, parce que je n’ai jamais senti qu’on vivait sur un nuage. J’ai déjà vu des joueurs qui ont commencé très tôt et, pour eux, le football professionnel n’a duré que deux ans. Quand tu vois ce genre de situations, tu penses tout de suite différemment. Et pour moi, l’argent n’est pas le plus important. Le jeu, oui : profiter de ma passion et de mon travail. C’est peut-être pour cela que j’ai eu une trajectoire différente par rapport à certains autres joueurs.

C’est si difficile que ça de s’arrêter sa carrière ?

Cela dépend. Il faut être bien préparé. Et par-dessus tout, il faut choisir le bon moment pour éviter d’arrêter sur une blessure.

Qu’est ce qui te manque le plus ?

Le vestiaire, et pas seulement celui du Barça. L’ambiance qu’il y a, les disputes entre joueurs, le stress qu’il peut y avoir, la joie qu’on peut ressentir… Quand il y a une défaite, les visages sont ternes, tristes. Mais cela te donne la possibilité de ne pas renoncer et de tout partager avec les autres, les bons moments comme les moins bons.

Pourquoi crois-tu que les supporters t’apprécient tant ?

Il faut leur demander. Pour ma part, je fais simplement mon travail.

Quels sont tes projets maintenant ?

Je suis concentré sur la fondation pour aider les enfants. Et ensuite, si Dieu le veut, le Barça…

Chronologie d’une lutte sans merci

15 mars 2011 : le club communique qu’une tumeur au foie a été détectée pour Eric Abidal.

17 mars 2011 : le joueur est opéré avec succès par l’équipe du docteur Josep Fuster Obregon.

2 mai 2011 : Abidal reçoit le feu vert médical et est de nouveau convoqué dans le groupe blaugrana.

3 mai 2011 : Réapparition dans le match retour de Ligue des champions contre le Real Madrid.

28 mai 2011 : Éric est titulaire en finale de Ligue des champions à Wembley. Le Barça l’emporte et les capitaines lui cèdent le droit de soulever la coupe en premier.

15 mars 2012 : le club annonce qu’Abidal sera soumis à une greffe du foie.

10 avril 2012 : Abidal subit la greffe du foie, après que son cousin Gerard ait réussi les tests de comptabilité et se soit converti en donateur.

6 avril 2013 : Réapparition sur le terrain lors du match FC Barcelone – Majorque pour 19 minutes. Le public l'ovationne à chaque touche de balle.


Source: Sport

Posté par Senox10
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